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Poches Goodis le ténébreux

mars 2006 | Le Matricule des Anges n°71 | par Anthony Dufraisse

D’une écriture sans éclat, le romancier américain n’aura jamais peint que la noirceur des vies toutes entières vouées à la fatalité.

La Lune dans le caniveau

De deux choses l’une : soit les Français ont un flair hors pair, soit les Américains ont la truffe bouchée. Car enfin, depuis ses débuts, les Français ont vu en David Goodis (1917-1967) un écrivain authentique alors que ses propres compatriotes, pendant longtemps, ne virent jamais en lui qu’un romancier de gare et guère plus. En France, dès l’après-guerre, Goodis a été promu parmi les grands du roman noir, non sans dérapage parfois : « Lautréamont du polar », ira-t-on jusqu’à dire en une formule certes vendeuse mais au fond tout à fait artificielle. Point n’est besoin de convoquer sieur Ducasse pour vanter Goodis ; il peut se passer d’un prête-nom pour exister. Longtemps donc, les Amerloques ont manqué cet écrivain originaire de Philadelphie. Il aura fallu attendre le milieu des années 80 pour qu’ils se mettent à l’aimer mieux qu’ils ne l’avaient fait jusqu’alors. Vingt ans après sa mort, ils commencent à s’émouvoir de la success story ratée d’un écrivain célèbre à 20 ans et qui tourne plus ou moins mal ensuite. Un homme à la nature trouble et tortueuse, bien moins transparent d’ailleurs que les Français ne l’ont cru, et auquel le très beau livre de Philippe Garnier (Goodis, la vie en noir et blanc) a rendu justice. Tandis que at home on snobait Goodis, le cinéma français, lui, s’est voracement emparé de son œuvre, de Tourneur à Verneuil, de Truffaut à Beinex. C’est justement ce dernier qui, en 1983, porte à l’écran le roman La Lune dans le caniveau, juste trente ans après sa première parution. Goodis y peint l’obsession lancinante qui s’empare d’un être, le dénommé William Kerrigan, dont la sœur s’est suicidée consécutivement à un viol. C’est un cercle infernal que dessine Goodis, le tourment d’un frère qui cherche le responsable de ce viol et tourne en rond dans Vernon Street, un quartier malfamé et pouilleux de Philadelphie. Ici la sœur est morte, ici aussi mourra sans doute Kerrigan, vu qu’il « traversait la vie avec un billet de quatrième classe ». Au premier chef donc, un roman de la culpabilité, celle d’un frère qui n’a pas su protéger la personne si chère à ses yeux. Un homme si englué dans ce quelque chose de tragiquement injuste, qu’il ne vit encore que de pouvoir se venger. La Lune dans le caniveau n’est peut-être pas l’opus le plus palpitant qu’ait signé Goodis, mais l’un des plus psychologiques assurément. Roman ? Oui et non, soyons normands : car l’histoire ne se livre en fait qu’à moitié. Ni suspense ni sueurs froides, comme se plaît à le seriner la quatrième de couverture, qui en fait trop pour appâter le chaland. L’histoire est ici sollicitée à d’autres fins que romanesques, plutôt pour servir de tremplin à une méditation sur ce qui nous fait et nous tient au plus profond et parfois nous enténèbre. Il ne faut pas exiger de cette histoire d’haletantes ou fiévreuses sensations. Plus justement faut-il y voir une façon, pour Goodis, d’interroger la fatalité.
Un jour qu’on interviewait le peintre Jacques Monory, fin connaisseur du cinéma et du roman noirs, il avouait sa préférence pour la production outre-Atlantique. Les Français, commentait-il en substance, sont vraiment trop noirs. Au moins dans les histoires américaines y a-t-il une lueur d’espoir… Chez Goodis en tout cas, ça ne se vérifie pas. D’espoir il n’y a point, ou si peu, que ça ne suffirait pas à allumer une cigarette. Après tout, peut-être que ce David Goodis est un frenchman qui s’ignore… Plus sérieusement, on peut trouver cette histoire vite ficelée et immobile, ou cette écriture fort peu clinquante oui, on peut. Malgré cela pourtant, ce livre supporte aisément d’être relu. Curieusement, on ne se lasse pas de le relire ce livre (comme les autres) se tient, à quoi l’on reconnaît en Goodis l’écrivain de valeur.

La Lune dans le caniveau
David Goodis
Traduit
de l’américain
par Danièle Bondil
10/18
190 pages, 6,90

Goodis le ténébreux Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°71 , mars 2006.
LMDA papier n°71
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