La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine étranger Acide arc-en-ciel

mars 2006 | Le Matricule des Anges n°71 | par Delphine Descaves

Dans ce roman désabusé sur une génération qui a cru changer le monde, Rafael Chirbes nous pousse à réfléchir sur le sens de l’Histoire et sur celui de nos vies.

Des essais, des romans et des films se sont penchés ces derniers temps sur les mouvements d’extrême-gauche des années 1960 et 70 et ont porté un regard critique sur cette époque d’utopie politique. Ceux qui avaient alors 20 ans en ont aujourd’hui environ soixante, et le bilan qu’ils dressent est désillusionné : dans Tigre en papier, Olivier Rolin, avec lucidité et causticité, racontait à la jeune fille d’un de ses amis ces années de d’action, qui n’excluait pas la lutte armée, avec ses dérives, voire ses ridicules ; dans le film de Denys Arcand, Les Invasions barbares, de « vieux amis », comme chez Chirbes, évoquaient avec dérision leur passé militant, qui avait désormais surtout le visage de leur propre jeunesse enfuie.
Les amis espagnols dépeints par Chirbes se retrouvent à Madrid au début des années 2000 après s’être perdus de vue pendant une vingtaine d’années ; ensemble, ils ont combattu avec ferveur le franquisme vieillissant, ils ont parfois commis des actes « terroristes » pour faire gagner leurs idées et, après avoir accouché d’une movida qui a sorti leur pays de ses scléroses, ils se retrouvent à présent dans une société où l’argent et la consommation sont rois. Durant leurs années d’engagement et de lutte, ils ont refusé ou en tout cas négligé un confort bourgeois qu’ils méprisaient. Aujourd’hui pourtant ils sont tous casés, promoteur immobilier, galeriste, professeur. Et trente ans après, qui se soucie de leurs luttes d’un autre âge ? Chez qui le mot de « révolution » résonne-t-il encore ? Qui dans la jeunesse espagnole pétrie de capitalisme mais qu’ils envient et sur laquelle ils lorgnent reprend cet héritage à son compte ? La parole, pessimiste, désabusée, drôle parfois, est prise successivement par chaque personnage et s’écoule en un flot discontinu, sans chapitre, à tel point qu’au début du roman le lecteur est un peu déconcerté, et doit faire preuve de vigilance, car le passage d’un personnage à un autre n’est pas explicite. Carlos, Rita, Pedrito, Guzman, Amalia et les autres se racontent tour à tour, et nous saisissons chacun d’entre eux à la volée, à un moment de sa réflexion et de son récit. L’écriture, que ce procédé densifie à première vue, est en fait relativement simple, usant souvent de formes d’oralité qui rendent plus incarnées ces voix qui se succèdent. Et cette discontinuité a un sens : elle souligne le lien que ces années de révolution ont noué, et rend plus palpable leur commun désenchantement. L’amitié, l’amour physique ou platonique, ont rapproché ces êtres, mais au moment où ils parlent, leurs émotions, qui ne demandent encore qu’à palpiter, qu’à prendre corps, se heurtent à la réalité : le sida de l’un d’entre eux ; le cancer qui a emporté prématurément la belle Elisa ; l’overdose mortelle à laquelle a succombé le fils de Carlos. Face à ces événements, et face à la vieillesse qui s’approche, que reste-t-il des idéaux ? Carlos le dit sans ménagement, à la fin du roman qu’enfle un superbe crescendo pessimiste : « La vie est un souffle : un coup de brise ; parfois un ouragan. Et voilà. Cest ce que nous avons été. Des personnages anonymes des guerres de religion contemporaine : les deux camps discutaient sur le fait de savoir si le paradis était pour après la mort ou s’il fallait l’instaurer sur Terre. C’est ce qu’on dira de nous. Ces derniers hérétiques voulaient le paradis sur terre, c’est ce qu’on lira, deux pages dans les histoires universelles, dans trois cents ans, nous serons dans les livres à côté des hussites, des Vaudois, des partisans du lointain Mo-Tseu, qui vécut en Chine il y a quelques millénaires. (…) Ce n’est pas notre faute si la révolution n’a pas eu lieu, Amalia. (…) Profitons de ce contre quoi nous avons lutté et qui nous a vaincus ».
Si le découragement peut nous envahir à la lecture de ce beau roman amer, il est aussi d’ordre purement existentiel : comment éviter que nos vies ne s’achèvent sur un naufrage ?

Les Vieux Amis
Rafael Chirbes
Traduit de l’espagnol par Denise Laroutis
Rivages
194 pages, 18,50

Acide arc-en-ciel Par Delphine Descaves
Le Matricule des Anges n°71 , mars 2006.
LMDA papier n°71
6.50 €
LMDA PDF n°71
4.00 €