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Domaine étranger Sang d’Irlande

juillet 2006 | Le Matricule des Anges n°75 | par Dominique Aussenac

En superposant deux guerres, le Dublinois Sebastian Barry dévoile un épisode sombre de l’histoire de son pays. Un chant lyrique, terrible et vain.

Des guerres, leur folie meurtrière, il serait souhaitable de pouvoir affirmer que tout a déjà été écrit. Mais ne plus écrire sur le feu, ne supprime aucunement les brûlures. Sebastian Barry le sait. Romancier, dramaturge, poète, il aime à raviver les flammes, surtout celles du souvenir et évoquer l’Irlande humiliée sous le joug britannique. Il a choisi de parler de l’engagement irlandais lors de la Première Guerre mondiale. Comme pour les trains, toute conflagration peut cacher un ou plusieurs conflits. C’est le cas en 1914, lorsque Willie Dune, jeune homme de 17 ans s’engage. Il a trois sœurs, perdu sa mère très tôt. Son père veille sur eux. Un père respectable et respecté. Enfin, presque. Responsable du maintien de l’ordre dans les rues de Dublin, il a mené la charge à la matraque contre la foule rassemblée autour d’un leader nationaliste. Bilan : quatre morts. Willie n’a pas d’idées politiques bien précises. Il partage celles de son père, loyal à l’ordre britannique. Ce qui fait dire au père de sa petite amie qui est dans l’autre camp. « La malédiction du monde, ce sont les gens qui n’ont comme idées que celles qu’on leur a données. Ce ne sont pas leurs idées à eux. Elles sont comme des coucous dans leur tête. Leurs idées à eux ont été chassées et les idées du coucou mises à leur place ». Le Parlement anglais a promis que le Home Rule s’appliquerait à la fin de la guerre. L’Irlande bénéficierait alors d’une indépendance de fait. Du coup les Irlandais des deux camps s’engagent. Mais tout au long de la guerre le doute va croître dans la tête de Willie. Il ne comprendra pas le racisme dont feront preuve les généraux anglais à son égard. Dans les tranchées, les Irlandais, sans masque et de quelques bords qu’ils soient, fuient devant le gaz moutarde et seront présentés comme des lâches aux yeux de l’opinion publique. Revenus chez eux, le temps d’une permission, ils seront utilisés pour réprimer les émeutes nationalistes. Insultés, rossés, ils seront mis au ban de la société par leurs propres frères. Willie perdra tout, sa fiancée, l’amour de son père, ses frères d’armes au bout d’une longue chaîne de trahisons…
Le terme d’apocalypse qualifie souvent et abusivement les conflits. Etymologiquement il signifie « révéler ce qui était caché ». Sebastian Barry peint avec talent et sans forcer le trait ces visions terribles, démontrant qu’il n’y a rien à déceler derrière l’horreur de la guerre, sinon la mort, la destruction. Il alterne avec un sens très cinématographique scènes de batailles et de recueillement, la multitude qui grouille, se fracasse et l’intimité des êtres au plus profond d’eux-mêmes. Son écriture s’inscrit dans un registre réaliste. Très vivante quand il s’agit de dialogues, elle insiste sur les divers registres de langues des compagnons de tranchées, utilisant l’humour, parfois le plus noir. Au pied coupé d’un soldat, très proprement au niveau de la cheville, un sergent s’exclame « Ce truc n’est-il pas censé être au bout de sa jambe ? » Elle se fait de plus en plus lyrique en fin du roman. Elle dit alors la compassion. Se fait ange tournoyant autour du rescapé revenu de tout. Ange en colère contre son hypothétique patron. « Ne pouvaient-ils pas tous être saints ? Dieu ne pouvait-il pas tendre la main et toucher leur visage, leur expliquer le sens de leurs épreuves, l’objet de leur long séjour, le voyage vers une terre étrangère qui était devenu une immobilité au milieu d’horreurs ? Ils étaient arrivés si loin, si loin qu’ils avaient marché jusqu’au bord du monde connu et ils étaient tombés dans d’autres royaumes complètement soumis au tonnerre et au tumulte de la chute. Aucune route ne permettait de revenir par le chemin qu’ils avaient pris. Il n’avait pas de pays, il était orphelin, il était seul. »
Un long long chemin décrit comment un esprit simple, attaché à son pays, finit au cours d’un long voyage dans l’horreur par se détacher de tout et n’être plus qu’un chant. « Il éleva la voix et répondit à son ennemi en chantant, cet étrange ennemi qui restait invisible. Ils partageaient une chanson, c’était encore vrai. » Un très beau roman qui, transcendant la folie guerrière, interpelle les âmes. Celles des soldats morts irlandais ou non et les mêle aux nôtres.

Un long long chemin
Sebastian Barry
Traduit de l’anglais (Irlande)
par F. Lévy-Paoloni
Joëlle Losfeld
318 pages, 20

Sang d’Irlande Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°75 , juillet 2006.
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