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Essais Le moteur de la littérature

juillet 2006 | Le Matricule des Anges n°75 | par Richard Blin

A partir des impostures du renoncement, et contre les dictateurs du silence moderne, Laurent Nunez pointe ce qui fait écrire et ne cesse de relancer la littérature.

Les Écrivains contre l’écriture (1900-2000)

Pourquoi les écrivains écrivent-ils ? Si l’énigme est vieille comme l’écriture, elle a été réactivée par les surréalistes, donnant ainsi naissance à toute une série d’œuvres et d’écrivains médisant de l’écriture à l’image de Valéry déclarant : « La littérature n’est pas mon souci cardinal. J’en ai malheureusement de plus grands. J’en ai heureusement de plus profonds. » Ce sont ceux que Paulhan appelait les Terroristes. En quoi sont-ils si menaçants ? Que disent-ils ? Que veulent-ils ? Que leur répondre ? C’est ce à quoi s’attache Laurent Nunez (né en 1978), dans un essai passionnant et instructif, qui se lit comme un roman.
Interrogeant critiques et romanciers, il explore, dans une première partie, les arguments des partisans du renoncement. Un credo qui se décline en six points allant de l’impossible renouvellement de la littérature, qui ne fait que se redire ( « Face au Tout que la Bibliothèque lui propose, il (le terroriste) impose le Rien »), au constat qu’écrire « c’est toujours écrire vers quelqu’un, donc jouer la comédie, exagérer, mentir fatalement », en passant par l’idéalisation du non-écrivain (nul besoin d’être écrivain pour écrire), l’appel au vague ( « Les gens qui sortent du vague pour essayer de préciser quoi que ce soit de ce qui se passe dans leur pensée, sont des cochons » disait Artaud), sans oublier le rejet du style qui ne servirait qu’à masquer les insuffisances de la pensée, et le refus de l’exagération littéraire ( « Prolixe par essence, la littérature vit de la pléthore des vocables, du cancer des mots » Cioran). Et Laurent Nunez de s’interroger : « Peut-on, et victorieusement, écrire pour ne plus écrire » ? Cela ne relève-t-il pas de l’imposture ? Tout tourne alors autour de la figure mythique de celui « qui renonça au feu qu’il avait pourtant volé », de celui qui « s’opéra vivant de la poésie » (Mallarmé), Arthur Rimbaud, le « seul écrivain dissolu à s’être dissous dans la vie ». Convoquant tous ceux qui directement ou indirectement ont écrit sur lui Claudel, Le Clézio, Char, Aragon, Thomas, Kundera, Michon, Leiris, Millet Laurent Nunez analyse ce que ces textes révèlent du rapport qu’ils induisent à l’écriture, et montre combien l’essentiel de la littérature du XXe siècle tourne autour de la possibilité de l’imiter et donc de se taire. Peut-on partir comme Rimbaud pour retrouver la « réalité rugueuse » ? Peut-on le ressusciter ? Non, bien sûr. Impossible de cesser d’écrire en imitant Rimbaud, et impossible d’écrire pour ne plus écrire, ne serait-ce que parce que cette forme contradictoire d’écriture participe de la littérature, et qu’ « écrire par fascination pour la non-écriture, c’est aller à l’encontre de cette fascination ». Rien de plus littéraire que de vouloir détruire la littérature.
Après donc ces analyses, restait à étudier la riposte à la Terreur, telle qu’elle s’est organisée, non sans malentendus, à travers les œuvres de Paulhan, de Caillois et de Blanchot, qui proposèrent « trois luttes contre un même Minotaure ; trois issues au même labyrinthe ». Contre-attaque en règle qui commence par la mise en échec de chacun des six arguments du credo des partisans de la Terreur, qu’il s’agisse du flou, qui n’est qu’un « vertige qui trompe nos sens », ou de la rhétorique, qui n’est pas l’art d’abuser du langage, mais bien au contraire, celui de s’en méfier, de le restreindre « pour finalement connaître une expérience secrète parce que très intérieure » et dépassant de beaucoup les « mornes événements d’une vie ». Au fond, les Terroristes ne seraient que des lecteurs craignant « d’être transporté(s) » ou enthousiasmés… ce qui dépend plus de celui qui reçoit que de celui qui écrit. Où l’on voit que derrière toutes ces questions s’en cachent souvent d’autres, comme celle de savoir si ce sont les mots qui précèdent la pensée (comme le croient les rhétoriqueurs), ou si c’est la pensée qui précède les mots ? Peut-on dépasser dialectiquement la Terreur comme la Rhétorique ? La question hantera Paulhan qui démontrera néanmoins « qu’au bout du compte et malgré tant de livres écrits, un écrivain demeure toujours seul, face à l’écriture, face à une énigme qu’il ne peut élucider par aucun livre, mais qu’il doit finalement reprendre lui-même ».
C’est l’honneur de Laurent Nunez de montrer les ambiguïtés de cette étrange guerre entre Terroristes et Rhétoriqueurs, entre les Cioran, Valéry, Breton, Bataille, Artaud d’un côté et les Paulhan, Caillois, Blanchot, Mallarmé, de l’autre, sous l’œil (narquois ?) de Rimbaud. Un essai illustré par deux études critiques de La Dépossession de Borel, et du Bavard de Des Forêts. Un livre qui rappelle que la littérature ne reproduit pas le monde mais est un monde à soi, qu’il n’y a pas d’au-delà des mots et que le silence ne saurait être la solution d’aucun problème. Un livre qui donne aussi la preuve qu’elle se porte bien, existe et continuera d’exister « dans un éternel malgré tout ». D’ailleurs, fort des conclusions qu’il a tirées de ses analyses, Laurent Nunez est en train d’écrire son premier roman.

Richard Blin

Les Écrivains contre l’écriture (1900-2000)
Laurent Nunez
José Corti, 258 pages, 18

Le moteur de la littérature Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°75 , juillet 2006.
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