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Poésie Néant fertile

septembre 2006 | Le Matricule des Anges n°76 | par Richard Blin

C’est à la force et à la symbolique des signes élémentaires que Denis Rigal a souvent recours pour dire l’alliance du fini et de l’infini comme la beauté précaire ou violente de la vie. À l’image du titre, qui suggère aussi bien le pays de la fin, de l’absolu dessaisissement, que l’approbation ou l’acquiescement. Une façon de refuser de défigurer ce qui prend tous les visages et n’en habite aucun. Une manière de rester dans la respiration du désir, de donner son aval à ce sentiment de n’être rien face au monde. Un art de faire danser l’âme en mêlant un rien d’insolite et d’égaré à des inflexions de chanson populaire ce que l’« Envoi » résume à merveille. « Pair ou impair passe ou saisit/ notre vie est accidentelle / taxi dentelles câlins cahots/ un peu de chair à l’échancrure/ comptez si le cœur vous en dit/ cherchez la rime et la césure… » Assomption chantante de l’immanence, la parole du poème accompagne l’accord des fuites, le mouvement des saisons comme le tremblement intime de ce qui vient se dissoudre au bord du regard… « Les violettes avaient ce jouir naïf/ autarcique et patent, ce parfum/ obscur comme le sexe d’une femme/ en manteau blanc qui brûle seule/ au milieu de tout et puis s’éloigne/ en elle-même ravie dans cet abîme ». De ces signes aussi indéchiffrables qu’un mot de passe, de ce « quelque chose à l’insu/ manqué/ geste ou non/ étreinte, ou non choix sans choix/ dans l’incertain et le tremblé », l’écriture de Denis Rigal qui sait de quoi il parle (il est né en 1938) cherche à épouser l’écho et l’épars. Une écriture de biais, tout en distance ironique et en humour l’homme, « il a tout vu tout connu tout sentu/ (et même/ le pénétrant parfum du chouime gomme à la fraise) (…) mais pas le gorge-bleue, hélas… » La musique de fond de ce néant fertile sur lequel pousse et passe toute vie.

Aval de Denis Rigal, Gallimard, 135 pages, 13,50

Néant fertile Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°76 , septembre 2006.
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