La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Poésie L’entrée du Parlant

septembre 2006 | Le Matricule des Anges n°76 | par Emmanuel Laugier

Les nouveaux livres de Pierre Parlant sont des leçons de poétiques revigorantes, des dérives durement interrogatrices de l’acte d’écriture… face à l’époque.

Précis de nos marqueurs mobiles

Le rapport signal-bruit

Le neuvième livre de Pierre Parlant est un petit volume jaune, couleur Pastis 51, relevé d’un titre olive assez intrigant : ce Précis de nos marqueurs mobiles l’est d’autant plus que le sujet principal du livre est tout simplement manquant et remplacé par huit points de suspension. Seul indice, le sujet est féminin singulier. Il aura à se conjuguer ainsi et selon cette pente prédicative, on pourra bien essayer d’y faire entrer pas mal de mots, comme cuisine, fleur ou maçonnerie et tester : « commençons par remarquer que la……. [cuisine ; fleur ; maçonnerie] compose bel et bien mais ne présuppose jamais l’ordre éventuel qui sera le sien ; mieux il n’y a pour elle de composition véritable qu’à la condition d’un désordre que la……. [cuisine ; fleur ; maçonnerie] d’emblée consent à breveter ; elle trouve là son pied d’appel, elle y inscrit sa marque, son talon digne si l’on veut ». Bien sûr le mot que l’on voit bien glisser entre ces points de suspension se révèle vite, négatif flashant dans son plus simple appareil. Devinez (c’est gagné), la poésie est partout et se conjugue, selon qu’elle se comprenne comme « art du langage », se décline en vers, en prose, se compose de pieds, de mètres, trouve son rythme en enjambant, en rejetant, en coupant, en filant, s’entende comme manière propre d’un poète. Mais jamais poésie, ici, ne devient l’aptitude de quelqu’un, ni l’attribut de quoi que ce soit (un paysage par exemple). Son emploi, et le contour de ce qui fait l’acte de l’écrire, y est très rigoureux, défini comme un participe présent, et mâtiné d’un savant mélange de rapprochements joueurs, curvés à même l’outil que deviendra ce bizarre art de tuyauterie poétique : car « souvent on reconnaît la……. au fait qu’elle tord son lainage comme pas deux ; la……. a une odeur ; sueur de……., osera-t-on, doublure ? sous vernis simple ? ; jamais de la vie, vous entendez, aucune……. ne se venge ; un livre n’est qu’une commodité ; quel jour est-on ? demande-t-elle simplement ; c’est ça, quel jour est-on ? dans cet état, dans une époque à vis, dans l’ère à nous, un peu recrue, nouée, la……. titube forcément ». De là qu’elle plie ses tubes, en fasse des huit, il n’y a qu’un pas que ce petit essai de poétique revigorant franchit, branchant toute la secrète mécanique d’existence de la poésie aux expériences (sensibles, mentales, pensantes, intuitives, sentimentales et naïves) qui la soutiennent en la renvoyant à sa nécessité.
De Prose bâtée (1999) en passant au récent Modèle-habitacle (2003), qui habille un poème-de-mémoires en le développant à partir du rappel inductif de manteaux ( « Le manteau de Francis Ponge sur le front de mer à Nice en 1961 », etc.), Le Rapport signal-bruit ressemble, lui, à un « poème-phoné », étant passé, selon le mot de l’auteur, de « l’atelier au car-studio », puisque « poésie », ici, s’apparente à « une affaire de bande-son, un trafic de bandeau sous le rapport d’un signal-bruit ». Au travers de formes aussi différentes que le carré condensé de prose, le vers fer à gauche court et syncopé, les quatrains de proses coupées, et dans une forme de poésie pensante aussi singulière que celle de Philippe Beck, Le Rapport signal-bruit affronte, jusqu’à y inclure ses propres hermétismes, l’époque sévère, traque, dans les références qui sont les siennes (Lenz, Mandelstam, Celan, etc.) les questions qui nous reviennent, à l’exemple de ce très fort passage : « Quelque/ part, en raison du mauvais temps incessant,/ le poème est en guerre La guerre est sa raison/ C’était aussi l’idée d’Ossip, n’est-ce pas/ je ne sais pas mais me demande Non,/ finalement, le poème n’est pas en guerre,/ il est un peu trop dur pour ça Le Poème/ n’est pas en guerre, le poème est à la ville/ tout entière un ventre ordinairement noir/ de cheval lui-même monté sur roues crantées » (…), mais le poème n’a pas pour autant « le choix d’une paix prototype ». Tout se composant alors d’une « souvenance » où d’un rapport sans repos. Voilà la poésie, et celle de Pierre Parlant y a trouvé, sans aucun doute, son centre de recherche.

Pierre Parlant
Précis de nos
marqueurs
mobiles

L’Attente, « Spoom »
28 pages, 5
Le Rapport
signal-bruit

Le Bleu du ciel
112 pages, 14

L’entrée du Parlant Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°76 , septembre 2006.
LMDA papier n°76
6.50 €
LMDA PDF n°76
4.00 €