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Théâtre L’enfant du monde

janvier 2007 | Le Matricule des Anges n°79 | par Laurence Cazaux

Trois pièces de Jean Cagnard viennent d’être publiées. L’occasion de découvrir ce dramaturge-poète qui « s’envole » en écrivant.

Les Gens légers et L’Avion (suivi de) De mes yeux la prunelle

Je suis né à Colombelles, dans le Calvados, en 1955, pas loin de la mer, tout près de la métallurgie. À un moment donné, il fallut grandir d’une manière et c’est là qu’interviennent ces dix années mouvementées (petits boulots, petits toits sur la tête…) consacrées sans le savoir à chercher l’orifice de l’écriture. Depuis, je me suis stabilisé entre deux densités, la maçonnerie, les chantiers et un autre jeu de doigts, plus léger. Cela me prend à la rencontre des épaules, comme des vagues d’étrave construites par l’effort physique (pelle, truelle, pelle…), partant de l’articulation des bras vers la colonne vertébrale, où deux monticules se rejoignent les muscles ? et gonflent à l’endroit de la germination des ailes. Ensuite, lorsque j’écris, je m’envole. » Voilà une présentation de Jean Cagnard par lui-même, histoire justement de ne pas trop le situer.
Auteur de roman, puis de nouvelles, le théâtre s’est invité selon lui par des adaptations des deux genres précédents, avant de devenir prioritaire, la poésie traçant, pendant ce temps-là, son chemin librement. Le théâtre de Jean Cagnard est très singulier, peut-être parce que le poète et le dramaturge dialoguent en permanence. Cela donne des textes aux images étonnantes, aux associations étranges, avec beaucoup d’humour, d’onirisme, de fantaisie, même dans la plus grande gravité. Ses pièces proposent toujours un décalage qui nous amène à envisager, regarder et entendre le monde et les humains autrement.
Les Gens légers est une pièce pour marionnettes. Au début, il y a un départ en train, puis un homme et une femme observent un petit tas de cendre, ce tas leur faisant penser à plusieurs proches. Il va devenir énorme au fil de la pièce. Peut-être à cause de cet homme qui rétrécit continuellement le ciel avec une grosse manivelle, sous les yeux d’une petite fille qui ne cesse de le questionner. Le démarrage du texte paraît drôle presque tendre, jusqu’à ce que l’on comprenne qu’il s’agit en fait des trains de la déportation. « Comment parler avec une somme inédite de cadavres dans la bouche ? », s’interroge Jean Cagnard, faisant le pari de la poésie pour dépeindre l’âme humaine.
Le second recueil comporte deux monologues L’Avion et De mes yeux la prunelle. L’Avion est un magnifique cri d’amour d’un homme pour une femme qui est partie. Il la cherche par tous les pores de la langue, du coup la langue en trébuche de trop de manque, elle « navirage ». L’homme nous décrit la femme pour essayer de mieux la retrouver. Il n’arrête pas de nous décliner cette question : « L’as-tu vue ? Une femme avec un avion près d’elle qui attend ? » Avec suffisamment d’humour et d’invention pour que le texte ne tombe jamais dans le pathos.
De mes yeux la prunelle est un texte très surprenant, fantastique. 1057 roses furent nécessaires à son écriture selon son auteur. Un premier temps raconte la rencontre amoureuse avec La Personne. Un deuxième temps débute par « Un jour, ce sera un mercredi, nous aurons un enfant ». Seulement le « ventre » fait des siennes, les mois passent et l’enfant ne naît pas. Ainsi « au vingt-cinquième mois, on sonne à la porte. Mon ventre est là, entre deux flics, menottes aux poignets ». C’est au quarantième mois que le ventre disparaît sans laisser d’adresse. Un troisième temps voit le ciel se remplir de têtes d’enfants. De mes yeux la prunelle est à la fois une parole très intime avec un rapport au monde oppressant et pourtant tendre. L’auteur pose avec légèreté cette question grave : « Quel sera l’enfant du monde finalement ? »

Jean Cagnard
Les Gens légers
et L’Avion (suivi de) De mes yeux la prunelle
Éditions Espaces 34
80 et 62 pages,
12 et 11

L’enfant du monde Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°79 , janvier 2007.