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Poésie Entrez chez Mallarmé

février 2007 | Le Matricule des Anges n°80 | par Richard Blin

Des relations mimétiques liant le son au sens, à l’amour de la poésie pour elle-même, c’est au cœur de l’esthétique mallarméenne que nous entraîne Éric Garnier.

La Musicalité de tout : son-sens chez Mallarmé

Postulant que l’« obscurité » mallarméenne ne serait due qu’à une méconnaissance de ce qui fait la singularité de la voix du poète, Éric Garnier, dont le travail critique est aujourd’hui uniquement consacré à l’œuvre de Stéphane Mallarmé, tente de poser, dans La Musicalité de tout, les bases méthodiques d’une lecture nouvelle de l’œuvre. Et ce qui pouvait relever d’une véritable gageure s’avère d’emblée, une réussite. Étonnamment lisible et particulièrement démonstrative, son étude ouvre les yeux et les oreilles, mais donne surtout des clefs pour mieux comprendre ce qu’a de spécifique l’enchantement mallarméen.
Approchant systématiquement le son en tant que qu’événement premier porteur de sens (« La musique de la poésie n’est pas quelque chose qui existe en dehors du sens », T.S. Eliot), il dégage quelques-unes des règles qui régissent la musique du sens. Sollicitant l’homophonie, l’étymologie, la polysémie, les pouvoirs singuliers des syllabes et des lettres, il montre combien tous ces éléments relèvent d’un sens caché obéissant à une justification esthétique. C’est que le sujet, chez Mallarmé, n’est pas plus le « je » (« L’œuvre pure, écrit-il dans Crise de vers, implique la disparition élocutoire du poète, qui cède l’initiative aux mots, par le heurt de leur inégalité mobilisés ») que le langage en soi, mais « la poésie elle-même en tant qu’elle est poète ». Dès lors, les mots employés n’appartiennent plus à l’identité sémantique courante, ne relèvent plus du dictionnaire familier mais d’un univers où l’adéquation entre son et sens tient autant de la pure jouissance que d’une conception esthétique aussi personnelle que radicale. « Je veux me donner le spectacle de la matière, ayant conscience d’elle, et, cependant, s’élançant forcément dans le Rêve qu’elle sait n’être pas, chantant l’Âme et toutes les divines impressions pareilles qui se sont amassées en nous depuis les premiers âges, et proclamant, devant le Rien qui est la vérité, ces glorieux mensonges ! » (Lettre à H. Cazalis).
À partir de cette sensibilité qui dispose au sens avant toute intelligibilité, et s’appuyant sur une esthétique à portée métaphysique, Mallarmé réinvestit la langue, revendiquant un vers « qui de plusieurs vocables refait un mot total, neuf, étranger à la langue et comme incantatoire ». Ce sont ces « vocables » du phonème à la lettre (Le Livre, « le mot total », n’est que « l’expansion de la lettre ») en passant par toutes les virtualités expressives du son, de l’anagramme, de l’attaque du vers, de la rime, de la distribution spatiale, de la coupe, du mot-thème… que traque Éric Garnier au fil de pages éclairantes d’où émerge peu à peu ce sens mallarméen du « coup de dés », du « tout ou rien » dans lequel s’ancre son écriture. Un art du détournement et de la recomposition syllabique transformant, par exemple, un vers de Victor Hugo « Des avalanches d’or s’écroulaient dans l’azur » en un « Des avalanches d’or du vieil azur, au jour », qui donne aux mots un sens neuf Désavale l’anche d’or du vieil azur » où la subversion mallarméenne, commente Éric Garnier, « mêle en une même cible la vétusté létale de la religion et le vieux lyrisme ’poétique’ ». Le lyrisme et avec lui le « sacré » ainsi crachés, désavalés, évacués, la langue réinvestie par le poète peut désormais prendre la place de cette anche d’or des tuyaux de l’orgue. « Jusqu’ici, n’est-ce pas, il fallait, pour s’accompagner, les grandes orgues du mètre officiel. Eh bien ! on en a trop joué, on s’en est lassé. » (dans un entretien avec Jules Huret).
Attraction acoustique, disposition rythmique ou syntaxique, ambiguïté sémantique, tout, chez Mallarmé, participe donc d’une conception initiatique de la poésie, dont le « sacré » illusoire n’a pas d’autre vocation que de mourir dans les jeux de reflets des « purs glaciers de l’Esthétique ». Demeurent la rythmique incantatoire de mirages que scandent tous les effets de « l’obsession résurrectionnelle » qui sous-tend l’ensemble de la poétique mallarméenne, et que manifeste le pur jeu sonore des « sons-sens », et des hantises qui font résonner le vide des échos du rien « Aboli bibelot d’inanité sonore ». De la beauté se mirant dans la beauté comme Hérodiade en son miroir, la poésie se nommant elle-même. « Je profère la parole pour la replonger dans son inanité » dit une formule d’Igitur, elle-même précédée de ces mots : « Moi seul moi seul je vais connaître le néant. Vous, vous revenez à votre amalgame. » Dans cette disparition du sens et du sujet « par la réflexion du même », tout est dit.

La Musicalité de tout (Son-sens chez Mallarmé) d’Éric Garnier, Éditions Comp’Act, 100 pages, 19

Entrez chez Mallarmé Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°80 , février 2007.
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