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Jeunesse Musique, maestro !

avril 2007 | Le Matricule des Anges n°82 | par Malika Person

Anne Mulpas met en scène, avec harmonie, le récit d’une adolescente partagée entre ses contradictions et ses élans du cœur.

La Fille du papillon

C’est une histoire d’amour, ce roman aux tonalités musicales, un opéra-rock bien balancé avec envolées lyriques et silences étoilés.
Précédant le premier chapitre, un prélude. Une bande-son défile. Des musiques romantiques (Chopin), des chansons populaires (Thomas Fersen), des voix chuchotantes (Björk) ou suaves (Jeff Buckley), des notes suspendues dans l’espace et le temps (Philip Glass)… qui recèlent l’idée fondamentale du roman : la signification d’un conflit.
En Champagne-Ardenne, il s’en passe de belles. Solveig, 16 ans, est une adolescente plutôt jolie fille, un peu « sauvage », solitaire, du genre « autant le dire tout de suite, j’aime personne ou presque ». La veille, l’amour lui est tombé dessus. Le lendemain, « premier jour de l’éternité », elle le marque d’une pierre blanche puisqu’elle décide, pour la première fois de sa vie, de tenir, sur son ordinateur, son journal intime. Elle le commence par un point d’exclamation suivi d’un mea culpa : « ! J’ai eu tort. » L’événement semble être de taille. Solveig, fille d’un père volage (le « papillon »), pressent un bouleversement dont elle redoute l’immense amplitude tellurique. Après la mort prématurée de sa mère, l’adolescente ne s’attendait plus à grand-chose, jusqu’à l’arrivée dans sa vie de celui qu’elle surnomme si modestement « Le Monde ». L’évocation de cette présence est nimbée d’incertitude quant à ses intentions. La peur de Solveig est d’abord floue. Le monde qu’elle doit désormais affronter est terrifiant de nouveautés. Les nombreux changements qui ont lieu à ce moment de sa vie provoquent chez elle des colères mémorables. Colères qui représentent les contradictions entre ce qu’elle ressent et le réel.
Depuis que « le Monde » est entré dans sa vie, elle ressent l’amour comme une menace indéterminée. Elle note, commente, s’interroge sur elle-même et son entourage immédiat, c’est-à-dire son père et sa meilleure amie, Ninon qu’elle surnomme avec une tendresse infinie la Ni. Avec chacun d’entre eux, elle entretient une relation de couple fusionnelle que l’arrivée du « Monde » va remettre en cause.
La peur qu’éprouve Solveig tient une place importante dans le roman. Elle est le signal d’un passage dans la réalité qui sépare le monde de la représentation du monde comme expérience. La peur devient le signe avant-coureur du réel incarné par le choc qu’éprouve Solveig lorsqu’elle découvre que la Ni a son premier rapport sexuel avec un inconnu dans les toilettes du train qui les mène à Paris. « Tu me dégoûtes », lui dit-elle. Première rupture. La seconde rupture survient dans la foulée, où la peur devient le préambule d’un drame. Solveig découvre que son père a une liaison sérieuse, que sa mère sera « remplacée ». Parallèlement, son père découvre la relation de sa fille avec « Le Monde ». Silences. Solveig vit ce passage intranquille avec la peur de souffrir mais aussi la peur de jouir. Aimer devient douloureux.
L’écriture du roman se rapproche au plus près des sensations de Solveig. Anne Mulpas n’hésite pas à mêler les styles, convoque les poètes (Baudelaire, Michaux…), les romanciers (Virginia Woolf, Fernando Pessoa…), les musiciens (Muse…) et les chansonniers (Edith Piaf…), métaphorise, use de procédés typographiques et littéraires (Oulipo…) savamment dosés pour traduire l’inconfort et l’intensité de cette métamorphose tant attendue et tant redoutée par l’adolescente. Parfois, des lettres qui composent les mots posés verticalement sur la page se succèdent dans l’instant de leur lecture. Elles n’existent que comme des réalités isolées : c’est l’expérience de la solitude alors que l’introduction de la dimension musicale instaure un autre rapport entre les sonorités verbales leur conférant une valeur esthétique incontestable. Le rapport temporel où les lettres d’un mot (retranscrit dans sa verticalité) sont à la fois distinctes et liées échappe à la monotonie mais aussi au chaos : c’est la mélodie qui apparaît ici.

La Fille
du papillon

Anne Mulpas
Sarbacane, « Exprim’ »
217 pages, 9

Musique, maestro ! Par Malika Person
Le Matricule des Anges n°82 , avril 2007.
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