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Essais Recherche de paternité

avril 2007 | Le Matricule des Anges n°82 | par Gilles Magniont

Une langue orpheline

Un père hébreu, ou grec, ou celte, ou latin comme dans les livres au français, on prêta longtemps une prestigieuse ascendance. Mais c’est d’une toute autre origine que s’avise le XVIIIe siècle : notre langue procède bel et bien d’un latin parlé, qui fusionna avec le gaulois et le germanique. Un vulgaire créole, en somme. Il faut mesurer tous les effets de cette révélation traumatisante, et d’une hantise de la bâtardise venant nourrir les multiples rites de la « mélancolie grammairienne » : « La liturgie flamboie, les desservants redoublent de zèle ; mais Dieu reste caché ». Qu’à cela ne tienne, tous les efforts des érudits vont encore être à se fabriquer un nouveau dieu, une origine gratifiante, garante de perfection comme d’homogénéité : la langue française serait née d’un dialecte d’Ile-de-France (on lui donne alors le nom de francien), dont le rayonnement progressif accompagna celui des rois puis de la nation. Bernard Cerquiglini rend à ces récits de genèse leur caractère de fable, tout entière adossée sur l’idéologie : c’est pour restaurer l’unité d’une patrie humiliée par la défaite de Sedan que le mythe du francien fut élaboré… Et s’il est encore d’usage, c’est que l’« imaginaire de sauvegarde » ne cesse de nourrir le savoir officiel, comme l’amour jaloux des puristes, auxquels cet essai remarquablement écrit et documenté oppose la « vérité de l’hétérogène », en même temps qu’une nouvelle représentation de l’histoire du français. Celui-là, loin d’être né en un territoire élu, loin d’être la transcription d’un dialecte et d’une parole première, aurait été constitué, dès son émergence, comme la forme de l’écrit, se distinguant en cela de toutes les origines : une norme, une langue commune « sans attache particulière consciente » et n’appartenant à aucun lieu.

Une langue orpheline de Bernard Cerquiglini
Les Éditions de Minuit, 228 pages, 21,50

Recherche de paternité Par Gilles Magniont
Le Matricule des Anges n°82 , avril 2007.
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