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Domaine étranger Objecteur de conscience

avril 2007 | Le Matricule des Anges n°82 | par Dominique Aussenac

En trois nouvelles, le Sud-Coréen Choi In-Seok dénonce l’oppression tout en décrivant l’extrême solitude de l’engagement. Violent et beau.

Le Puits de mon âme

La littérature n’a pas pour fonction de supprimer les traumatismes. Même pas en Corée, où ceux-ci forment le sel d’un grand nombre d’écrits surlignant à l’encre rouge sang la coupure fratricide entre les deux Corée, et plus encore l’horreur de la dictature économico-militaire apparue dans les années 80. Dans Le Vieux Jardin, Hwamk Sok-Yong (Zulma, 2005) évoquait la torture et les années de prison. Dans La Vie rêvée des plantes ( Zulma, 2006), Lee Seung-U racontait un combat fratricide. Ces ouvrages rédigés au scalpel exaltent un réalisme social mâtiné de poésie, de mélancolie et même de fantastique. S’y côtoient pudeur et impudeur, extrême violence et douceur, grotesque et grâce. En filigrane mélancolique apparaissent par intermittence, les symboles d’une Corée éternelle. Il en est de même pour le triptyque que constitue Le Puits de mon âme dans lequel Choi In-Seok filme, peint, sculpte, cisèle trois moments paroxystiques durant lesquels des hommes engagés pour des valeurs se révèlent extraordinairement seuls, nus et magnifiques dans leurs conflits intérieurs.
La première nouvelle « Le rivage du monde » débute dans une maison de cérémonie où des mariages se succèdent. Tumulte, précipitations, ambiance presque bon enfant. Parmi les invités, des chefs d’entreprise, des jeunes embourgeoisés propres sur eux, fiers de leur réussite sociale. « C’est à ce moment-là que deux hommes mal habillés sont entrés. » Gyeong-man, Cheol-gyu, personne ne les avait revus depuis bien longtemps… Les deux olibrius font dégénérer la fête, détournent même lune de miel et voyage de noce. Le marié Yeong-su les suit dans leurs beuveries, leurs provocations au grand dam de sa jeune épouse Chae-yeong. Laquelle, devant tout ce gâchis est à deux doigts de craquer. Mais dans le huis clos d’une automobile, sous une pluie torrentielle, c’est Yeong-su en larmes qui racontera comment, étudiants, les trois compères ont diffusé un tract sur les massacres de Gwangju en mai 82 où l’armée a tiré sur la foule. Appréhendé, torturé, il révélera le nom de ses amis… « Cheol-gyu se penche brusquement à la fenêtre et crie dans la nuit : - Jamais vous ne nous apprivoiserez ! Jamais vous ne nous apprivoiserez ! N’essayez même pas, bande de salauds ! »
« Sous le pont du monde », la deuxième nouvelle, évoque la rencontre de deux individus. Dans une salle d’attente improbable, le narrateur boit. Il cherche désespérément celui qui l’a élevé et permis de faire des études, un marchand ambulant silencieux et attentionné qui s’avérera être un dirigeant communiste. Emprisonné, torturé, puis libéré, mais le fils adoptif a perdu sa trace. Entre en scène un soldat, le caporal Li. Celui-ci, au bord du suicide, relate les problèmes de conscience auxquels il vient d’être confronté. Comment, réfractaire au port des armes par conviction religieuse, il fut démoli physiquement et moralement, et obligé de tenir un fusil. Pire, il sera placé devant un autre objecteur, lui aussi témoin de Jéhovah et assistera passivement aux violences dont il mourra. « – Et j’ai trouvé des morts plus heureux que les vivants. Et plus heureux encore, ceux qui n’ont encore d’existence, qui n’ont pas vu les méfaits commis sous ce soleil. » La nouvelle éponyme se déroule dans une cellule de prison où s’entassent des détenus de droit commun, un violeur, un assassin qui s’exprime par grognement à la manière d’un chien. Une nuit, le prisonnier le plus riche en viole un autre. Ce dernier se pendra. L’homme-chien racontera alors son histoire avant de sortir ses crocs. Gardien d’un chenil, il vit ses pensionnaires bien-aimés transformés en soupe. Ce qui l’amena à tuer le restaurateur et à se réfugier dans l’âme d’un chien.
Très cinématographiques ou théâtrales, ces nouvelles aux dialogues heurtés, incisifs, abritent des moments de grands désarrois, de doute infini qui font tituber le lecteur. Mais comme s’il y avait un au-delà à l’horreur, à l’effroi, aux larmes, de fulgurants instants de bonheur les ponctuent.

Dominique Aussenac

Le Puits de mon Âme
Choi In-Seok
Traduit du coréen par Ko Kwang-dan et Éric Bidet
Éditions de l’aube, 201 pages, 14,80

Objecteur de conscience Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°82 , avril 2007.
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