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Domaine étranger Tableau vivant

mai 2007 | Le Matricule des Anges n°83 | par Richard Blin

Méditation illustrée du grand mystère de l’amour, le dernier texte de Undine Gruenter se développe dans l’ombre d’un impossible art d’aimer.

Proust pensait qu’on aime fondamentalement que ce en quoi on poursuit quelque chose d’inaccessible. S’il est difficile de ne pas être d’accord, il est également bien difficile d’accepter le revers du constat, à savoir qu’il ne peut y avoir d’autres relations amoureuses que douloureuses ou impossibles. Rien à faire, on a beau le savoir, on n’en continue pas moins de croire au miracle. Comme le narrateur du Jardin clos. La soixantaine approchant, lui qui n’a jamais eu d’épouse, n’a toujours aimé que les femmes de 30 ans, et qui répugne aux rôles pervers, aime soudain une jeune fille de 19 ans, Équilibre, qui déteste les déclarations d’amour, ne veut pas d’enfant et ne supporte pas les grandes phrases « quand les petites promesses ne sont jamais tenues ». Renonçant à son travail de rédacteur en chef d’une revue de philosophie, il l’épouse et s’installe avec elle dans l’isolement d’une maison des bords de la Marne, possédant un jardin clôturé de tous côtés et auquel on ne peut accéder que par la maison. Ce jardin, tel qu’on en trouve dans les livres d’heures du Moyen Âge tardif, est entièrement dédié à Équilibre. Lui n’y pénètre pas, ne le conçoit que comme « métaphore de la virginité », la vraie, celle qui n’a rien à voir avec une membrane à déchirer, mais celle qui consiste, pour Équilibre, « à ne pas savoir qu’elle était la volupté incarnée ».
Ce jardin, manifestement voulu pour soustraire l’aimée à toute espèce de toucher celui de l’espace public, du regard des autres et de leur discours est à la fois l’écrin et le cadre qu’il a choisi pour entourer, enceindre, protéger l’idéal de femme et de beauté qu’incarne Équilibre. L’idée de ce jardin, avec ses deux allées de rosiers et de mirabelliers, ses bassins et son banc encadré par deux peupliers, a surgi le jour, où pour la première fois, il la vit nue, prenant soudain « l’attitude de Vénus qui, sur le tableau de Botticelli, arrive au-dessus de la mer dans un coquillage, ses cheveux lâches formant un arc sur ses épaules et sur son ventre ». Ange de nudité baptismale où se superposent « le christique et le païen, le motif de la Vierge et celui de Vénus », Équilibre est, dès le début, condamnée à être un tableau vivant, la reine d’un imaginaire érotique dont le jardin sera la scène privilégiée.
Le Jardin clos raconte donc l’histoire d’un homme qui, sans vraiment le vouloir, devient « l’architecte amoureux » d’Équilibre plus que son mari. « Ce que je préférais, c’était voir Équilibre assise dans son jardin, (…), et telle une dormeuse, prêter l’oreille des heures durant aux clapotis des fontaines, au ruissellement des feuilles de rosiers et au bruit du vent ». Même s’il attend d’elle qu’elle se révèle être une « belle dame sans merci », et tout en vivant à contre-courant, les équilibres vont se révéler bien angoissants et l’imagination toujours prête à disposer de la liberté de l’autre. Lentement le rêve d’harmonie va se dérober, l’idylle s’émietter et l’équilibre entre souffrance de l’impossible et espoir du possible se faire de plus en plus précaire. Même le triangle amoureux d’un ménage à trois ne sauvera rien. Comme si le seul destin de l’amour était les souvenirs. Comme si on n’aimait que pour arpenter, un jour, son domaine perdu.
Roman intemporel sur l’amour qui rêve de l’amour, Le Jardin clos est une sorte d’essai illustré sur la lyrique amoureuse, et sur ce qu’on devient après l’adieu, sur fond de quête d’Étoile perdue comme celle qui rendit fou l’endeuillé Nerval. Car « que serait l’amour sans imagination ? » Faudrait-il inventer un concept différent pour chaque amour ? Comment éviter de vouloir loger l’infini dans le fini ? C’est finalement l’écart entre les mots, l’art et la vie qu’illustre Le Jardin clos, tout en rappelant combien derrière tout amour se cache une image, celle autour de laquelle gravite notre quête esthétique et érotique. « Je savais depuis longtemps que les représentations de l’immobilité me fascinaient (…), femme assise, couchée, endormie. Je pense à la Vénus de Titien, à la Maya de Goya, à l’Olympia de Manet »… Lumières de l’ombre, l’amour, décidément, n’est rien sans l’excès et le désespoir, le rêve et la beauté.

Le Jardin clos
Undine Gruenter
Traduit de l’allemand
par Murielle Roffi
Quidam éditeur
192 pages, 19

Tableau vivant Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°83 , mai 2007.
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