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Histoire littéraire L’art de lire

septembre 2007 | Le Matricule des Anges n°86 | par Thierry Cecille

De 1912 à 1936, Thibaudet offre à la NRf, mois après mois, ces Réflexions, en explorateur du paysage littéraire français, du Moyen Âge au surréalisme.

Réflexions sur la littérature

En ces temps où la commémoration festive tient lieu de mémoire critique, fêterons-nous, en 2009, le centenaire de La Nouvelle Revue française ? On peut en douter tant l’exigence esthétique et l’éthique intellectuelle qui caractérisèrent cette entreprise semblent anachroniques… C’est en 1912 qu’Aibert Thibaudet rejoint la revue il a été remarqué par Gide pour un compte-rendu sur La Porte étroite et devient le responsable de la chronique littéraire. C’est une recrue de choix, mais aussi un peu surprenante : auprès de ces protestants un peu guindés, bourgeois fort aisés, que vient faire cet assez modeste professeur agrégé d’histoire-géographie ? Auprès de ces Parisiens à la plume attique, ce Bourguignon à la faconde presque méditerranéenne jure peut-être un peu. Mais en même temps sa culture omnivore (de la philosophie antique aux scientifiques positivistes, en passant par la littérature européenne, surtout anglaise) lui offre une surface que peuvent lui envier ses distingués collègues. Il ne les décevra pas : pendant plus de vingt ans la revue s’interrompt cependant, pour cause de guerre mondiale, entre 1914 et 1919 il se fera historien des grandes scansions littéraires, de l’évolution des mouvements et des genres, et cartographe curieux et attentif du panorama, toujours mobile, de la littérature. Bien sûr quelques-unes de ces centaines de pages (144 réflexions) ont perdu pour nous de leur intérêt : les auteurs qui alors comptaient le plus et pas seulement pour Thibaudet se sont effacés de notre horizon : Barrès, Maurras, ou même Renan. Quant à ses prédécesseurs et modèles, avec qui pourtant il lui arrive de ferrailler ainsi Brunetière, Taine ou même Sainte Beuve nous ne les lisons plus guère. Mais ce n’est là qu’une part de ce fort volume et nous trouverons ailleurs vers quoi porter notre attention et notre admiration.
Thibaudet lui-même, dans une de ces chroniques, distingue trois critiques : celle des universitaires, celle des écrivains eux-mêmes, et ce qu’il appelle la critique « parlée », celle du public et plus particulièrement, au sein de celui-ci, celle qui s’établit dans la conversation des lecteurs d’élite. Ces trois critiques concourent ensemble à l’établissement des renommées littéraires et se mêlent en fait sous la plume de Thibaudet. Il sait en effet, à son heure, faire preuve d’érudition par exemple sur les chansons de geste ou les différentes traductions d’Homère mais n’hésite pas non plus à se perdre en digressions et allusions, dans des textes aux circonvolutions savantes (et il faut saluer le travail d’annotation d’Antoine Compagnon, indispensable guide dans ce périple à travers les siècles et les œuvres). Enfin et c’est l’essentiel il fait aussi figure de créateur : ainsi qu’il l’écrit lui-même « la critique du roman est elle-même un roman dont les romanciers sont des personnages. Il y a une Comédie romanesque comme il y a une Comédie humaine ». Meneur de jeu habile mais toujours respectueux, omniscient mais non omnipotent il dresse pour nous une sorte de scène où viendront tour à tour se confronter car il aime procéder par parallèles, mettre au jour les ressemblances et les antagonismes, les filiations ou les trahisons Proust et Gide, Chateaubriand et Stendhal, Balzac et Flaubert, Zola et Maupassant ou encore Molière et Racine, Montaigne et Pascal. Le démon de l’analogie, et celui de la classification, le hantent et le conduisent à répartir les écrivains en familles, à établir des typologies mouvantes et éclairantes. Ainsi affirme-t-il : « Il y a les œuvres qui ne vieillissent pas parce qu’elles restent jeunes : c’est le cas d’Adolphe. Il y a les œuvres qui ne vieillissent pas parce qu’elles redeviennent incessamment jeunes : c’est le cas de la Chartreuse. Il y a enfin les œuvres qui vieillissent parce qu’elles sympathisent avec la durée, comme l’eau-de-vie avec le bois du fût, que cette durée même s’incorpore dans leur saveur ».
Nul doute que ces Réflexions appartiennent à cette dernière catégorie : alcool vieilli, riche d’arômes, à déguster lentement, savamment.

Réflexions sur la littérature
Albert Thibaudet
Gallimard,
« Quarto »
1764 pages, 35

L’art de lire Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°86 , septembre 2007.
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