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Essais Une sagesse insurgée

juin 2008 | Le Matricule des Anges n°94 | par Thierry Cecille

Se tenant à distance de l’hommage compassé et, en même temps, de la vaine glose érudite, l’historien Paul Veyne redonne vie à celui qui fut, à la fois, comme Socrate, un penseur et un homme, un homme vivant sa pensée.

Foucault, sa pensée, sa personne

Le titre aurait de quoi nous effrayer (à moins qu’il faille voir là de l’ironie…) : Foucault, sa pensée, sa personne, cela nous remet en mémoire des dizaines de vieux volumes que l’on trouve encore, çà et là, dans des bibliothèques mal assorties, des Voltaire, sa vie, son œuvre ou, pire encore, La Vie passionnée d’Arthur Rimbaud. Mais il s’agit bien, pour Paul Veyne, de tenter de nous faire approcher le nouage, la liaison vitale, entre le parcours intellectuel et la personnalité de Foucault, d’écrire en quelque sorte une biographie spirituelle. Ajoutons ce point essentiel : Veyne fut, de Foucault, l’ami, ou du moins, ainsi qu’il se présente avec modestie, l’interlocuteur. Ils ne partageaient ni l’orientation politique ni l’orientation sexuelle (pour user d’euphémismes) mais furent cependant, de longues années durant, des complices intellectuels. C’est donc à un parcours sinueux, riche de digressions, mais toujours vif et perspicace que Veyne nous convie, à travers une œuvre qu’il semble approcher avec une sorte de gourmandise, d’enjouement - et à laquelle il mêle judicieusement ses propres objets d’étude : la société romaine, l’avènement du christianisme…
Dès l’entrée Veyne s’attaque à ce qui demeure parfois un cliché facile (répandu en particulier par les adversaires d’une prétendue « pensée 68 » qu’ils modelèrent à leur usage polémique, les Ferry, Lévy et complices) : loin d’être un « nihiliste » destructeur, Foucault fut avant tout un sceptique. Il « n’admettait aucune transcendance fondatrice » : nous n’avons pas accès à la vérité puisque « la » vérité n’existe pas. Il n’y a que des « discours », qu’il s’efforça de mettre au jour dans différents domaines. Il s’agit là de « l’ultime différence » de « chaque formation historique ». L’Antiquité, par exemple, se soucia d’une économie des « plaisirs », là où le christianisme médiéval pensait la question de « la chair » et l’époque moderne cette construction conceptuelle que représente la « sexualité ». De même c’est un certain « discours », historiquement repérable, qui considéra les fous comme des malades mentaux - et agit avec eux en conséquence. Ces « discours » sont en effet en même temps au cœur de « dispositifs » qui les mettent en œuvre, et qui sont, résume Veyne, « les lois, actes, paroles ou pratiques qui constituent une formation historique, que ce soit la science, l’hôpital, l’amour sexuel ou l’armée. » C’est bien en s’attachant à étudier des pratiques, repérables en particulier dans les archives, que Foucault peut mettre au jour ces « discours-dispositifs ». Il y a donc là, Veyne y insiste, des points de rencontre avec les historiens - qui l’ont pourtant, au départ, mal accueilli, mésestimé. Nul nihilisme non plus dans la « phrase fatale » qui clôt Les Mots et les Choses : « L’homme s’effacera, comme à la limite de la mer un visage de sable » ; ceci « signifiait simplement qu’on pouvait dire de quoi l’homme était fait, mais non interroger « l’être de l’homme » comme Heidegger ou son intériorité comme Sartre ».
Enfin, si nous n’avons jamais affaire qu’à des vérités « ensablées » (Foucault) dans les discours qui la visent ou la formulent, nous pouvons réagir face à ces configurations de savoir-pouvoir qu’elle détermine. Foucault croit à la liberté humaine, aux choix individuels, d’ordre civique et politique bien sûr : « Il ne cesse d’employer le mot de stratégie, entendant par là la fin choisie dans une lutte où il s’agit de vaincre ». Foucault fut un « militant », Veyne dit même un « samouraï », engagé, y compris avec un certain courage physique, dans de nombreux combats - en particulier à propos des prisons. C’est qu’en définitive - et là est la leçon ultime - « sur le terrain pratique de l’action, l’irrationalisme foucaldien [en fait le scepticisme tel que nous l’avons décrit] débouche sur un décisionnisme individuel ». Dans nos luttes, l’intellectuel spécifique peut venir, non pas guider (maître-penseur ou prophète) ceux qui lui seraient inférieurs, mais proposer « une critique de l’actualité qui se garde de donner des prescriptions pour l’action, mais lui fournit des connaissances ». Laissons Foucault conclure : « Le rôle d’un intellectuel est de ruiner les évidences, de dissiper les familiarités admises ; il n’est pas de modeler la volonté politique des autres, de leur dire ce qu’ils ont à faire. De quel droit le ferait-il ? »

Foucault, sa pensée, sa personne de Paul Veyne, Albin Michel, 219 pages, 16

Une sagesse insurgée Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°94 , juin 2008.
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