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Histoire littéraire Voix mêlées

novembre 2008 | Le Matricule des Anges n°98 | par Anthony Dufraisse

À tour de rôle, Georges Perros et le couple Philipe prennent la plume. Une amitié tendre en toutes lettres.

Il est des amitiés étonnantes. Quoi de commun entre le flamboyant Gérard Philipe et le ruminant Perros ? Apparemment rien, et pourtant il y eut entre eux affection, confiance et confidences. Tout commence à la Libération, à Paris, en cette année 1944. Gérard Philipe et Georges Poulot (qui ne s’appelait pas encore Perros) sont attirés par les planches. Tous deux entrent au Conservatoire où ils se lient d’amitié. Mais au petit jeu de l’art dramatique, Philipe est clairement le plus doué. Jouer lui est naturel. Perros est plus à la peine, cogite sans doute déjà trop. Pour Gérard Philipe, tout ira donc très vite ; on le repère, on l’engage, on l’encense. Le TNP, les films à succès, Vilar, Vadim, les tournages, les voyages, Gérard Philipe devient celui qu’on sait. Il n’a pas juste une chance folle ; il a surtout un talent fou. Que reste-t-il à Perros, lui à qui rien ne semble réussir ? Restent les mots et ce sourire en coin, celui des cyniques qui ne savent pas si l’on doit rire de la vie ou en pleurer. Tandis que dans sa turne Perros écrivain renfrogné galère, Philipe la star signe des autographes. L’un devient monstrueux de misanthropie, l’autre « monstre de photographies ». Dans les lettres qu’ils s’adressent durant treize ans, on devine plus qu’on ne voit le contraste des situations et des caractères. À Philipe la réussite, la lumière, les projecteurs ; à Perros, la dèche, la misère et la noirceur. Mais réussir n’est pas de tout repos, pas sans détresse, et l’ami Georges est celui vers qui Philipe se tourne quand, justement, la tête lui tourne. Régulièrement, Perros voit le couple que Gérard forme avec Anne, sa femme romancière. Auprès d’eux, il est logé, nourri, blanchi ; parfois il s’éternise un peu trop, c’est que le bonheur tient chaud. Pour comprendre comment peuvent fraterniser ces deux-là que tout paraît opposer ou presque, il faut lire cette correspondance. Et surtout, lire entre les lignes. Gérard Philipe ne dit pas tout quand ça ne va pas et Perros n’ose pas dire que rien ne va dans sa vie bancale.
D’un côté, la noirceur,
de l’autre les projecteurs.

En novembre 1959, quand Gérard Philipe meurt subitement, foudroyé par la maladie, Perros accuse le coup. L’ami cher, ce confident à la gueule d’ange a vu ses ailes brisées. Sous le choc de cette disparition, que rien n’annonçait, Perros entame alors une correspondance avec Anne. Un nouveau chapitre s’ouvre qui durera jusqu’à la mort de Perros, en janvier 78. Ces deux-là se rapprochent, s’estiment et s’apprécient plus que du vivant de l’ami et mari. Lequel est plus que jamais là, ombre omniprésente, fantôme bienveillant qui observe, d’outre-tombe, la vie sans lui, loin des aimés. Alors que Gérard Philipe n’avait pas l’écriture facile, sa femme et Perros ne vivent, eux, que d’écrire. Mais ce ne sont pas des écrivains qui s’écrivent ici, non ; ce sont des êtres qu’un même bonheur passé réunit, malgré la distance, malgré la vie qui passe, douce parfois, parfois dure. Attentive et attentionnée, Anne se montre affectueuse avec cet ami lointain, retiré à Douarnenez. Perros, égal à lui-même, semble imperturbable. Les quelque 125 lettres demeurées jusqu’alors inédites de ce volume le montre comme à son habitude : désabusé, pince-sans-rire, « d’une fréquentation difficile ». Outre de montrer Gérard Philipe sous un jour différent, cette correspondance ravive surtout l’image et le nom d’Anne Philipe, dont il faudrait relire les romans délicats. Laissons-lui le mot de la fin : « Il doit bien exister au monde quelque chose, un lieu qui ne soit pas un rapport de force avec autrui ou soi-même. La tendresse, peut-être ». Tendresse, cette correspondance n’est que cela.

Correspondance 1946-1978 de Georges Perros, Anne et Gérard Philippe, préface de Jérôme Garcin,
Finitude, 167 pages, 20

Voix mêlées Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°98 , novembre 2008.
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