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Domaine étranger Humain, surhumain

novembre 2009 | Le Matricule des Anges n°108 | par Marta Krol

L’Histoire de Comock l’Esquimau est un livre rare et fulgurant sur le courage, la confiance et la rage de vivre.

L' Histoire de Comock l’esquimau

Après avoir lu ce livre à la maquette soignée et illustré de dessins d’une grande épure, on reste coi. Alors que la consommation touristique a réussi jusqu’à rendre banal l’exotisme même, ce bref et simple récit d’un homme né esquimau, laisse sans voix quiconque veuille bien lui prêter l’oreille. Il est en effet nécessaire d’épouser une rhétorique - ou absence de - bien particulière du texte, déroulé par un je auquel les figures stylistiques tout comme les stratégies discursives (persuader, émouvoir, impressionner…) restent entièrement indifférentes. Le je n’est pas pour autant le scripteur : le récit, proféré de vive voix par le protagoniste en 1912, au Cap Wolstenholme (Arctique) à l’adresse de Robert Flaherty, fut mis en forme et diffusé par cet éminent explorateur. Puis ce fut Edmund Carpenter, célèbre anthropologue des peuples du cercle arctique, qui à la mort de Flaherty l’édita (en 1968), accompagné de dessins inédits.
Comock est un jeune père de famille - plusieurs femmes l’entourent et de nombreux enfants - qui décide, avec d’autres de son peuple, de quitter leur terre où ils vivent difficilement, la nourriture étant rare, tandis que loin de là se trouve une île où, dit-on, « certains jours, les vols d’oiseaux, de grands oiseaux qui cornent, rendaient le ciel (…) presque noir ». Une équipée part « pendant la lune du plus grand froid » rejoindre la terre promise. Suit une aventure inouïe, à rebondissements qu’on ne soupçonne guère, et qui fait percevoir notre expérience de citoyens de pays prospère comme totalement assistée, consumériste, indolente, insignifiante presque. La manière sobre et limpide de la parole déployée rend les éléments rapportés d’autant plus prégnants que nus, tandis que la délicatesse inégalée des dessins contraste vivement avec la rudesse de l’histoire.
Et la stupéfaction est grande de voir à quel point l’humain est capable d’un corps à corps avec un sort hostile, dans un dépassement silencieux, nécessaire, toujours réitéré, de ses peurs et de ses limites physiques. Combien la mort, la défaite, le découragement, l’abandon, puissent être tenus à distance, encore et toujours, dans un effort paroxysmique qui semble ultime sans l’être, alors que tous les indicateurs s’affolent de ses chances de survie, morale et matérielle. Seuls perdus au milieu d’une banquise flottant à la dérive, brutalement endeuillés de quelques-uns d’entre eux qu’une cassure de la glace a précipités vers l’inconnu (« Puis, leurs voix faiblirent peu à peu. On les appela - on écouta - puis on appela encore, mais on n’entendit plus que le rugissement de la tempête et le grondement de la mer. » ), en proie à la folie, menacés par leurs chiens affamés, et malmenés par les éléments déchaînés (« J’allai inspecter l’endroit où s’était dressé notre iglou, mais il n’y avait que la fumée et l’eau de la mer. (…) Tout ce qu’on possédait avait disparu » ), les hommes préservent encore leur capacité de bonheur, et de rire. À l’encontre de la triste théorie de la pyramide des besoins, de brefs passages saisissent d’émotion, témoignant de la disponibilité des naufragés d’accueillir malgré tout la beauté : « Ces Grandes Lumières ressemblaient à de la viande rouge, à la fourrure épaisse et chaude de l’ours et aux algues de la mer. Et parfois, les Grandes Lumières étaient si fortes que la lune devenait verte et transparente comme la glace, et toute la neige sur le sol était verte comme la glace. Et ces Grandes Lumières voguaient lentement… » De temps à autre, le luxe d’un détail exprime une profusion de sens à la manière picturale : « « Regarde nos enfants, Comock (…), ils ont chaud ». En effet, de petites fumées montaient depuis les couvertures en peau de caribou sous lesquelles ils dormaient ». Une bouleversante lecture.

L’Histoire de Comock l’Esquimau
racontée à Robert Flaherty, éditée par Edmund Carpenter - Traduit de l’anglais par Eva Antonnikov, Héros-Limite, 95 pages 25

Humain, surhumain Par Marta Krol
Le Matricule des Anges n°108 , novembre 2009.
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