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Essais Chacun pour soi

novembre 2009 | Le Matricule des Anges n°108 | par Gilles Magniont

Un ouvrage retrace l’histoire de cent cinquante ans de littérature française, où un nouvel imaginaire d’autonomie se met en place.

La Langue littéraire : Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon

Voilà une somme. On n’entre qu’en tremblant dans les presque six cents pages de ce lourd ouvrage, représentation panoramique de l’histoire de la prose entre 1850 et 2000. Le propos est assez simple, et richement illustré : « c’est à partir de 1850 que semble s’être progressivement imposée en France l’idée selon laquelle la langue des écrivains ne pouvait plus être ramenée à la langue commune » annonce en introduction Gilles Philippe. L’autonomisation de la langue littéraire est pour les auteurs la caractéristique essentielle de ce « moment » : elle n’est plus variante haute, non plus que modèle de la langue ordinaire, elle se pense et s’écrit en dehors de toute relation avec le français commun. Pour le démontrer, treize gros chapitres précédés d’une introduction qui pose fermement le cadre épistémologique, six auteurs, spécialistes de littérature ou de style, et deux types d’études : ce qu’on peut envisager comme une première partie situe la langue littéraire « autonome » dans un cadre grammatical ou stylistique ( « Le triomphe du nom et le recul du verbe », « La référence classique dans la prose narrative »…) ; la deuxième partie prend par l’autre bout et s’attelle aux auteurs, de Zola à Barthes, en passant par Péguy, Proust, Sartre, sur le modèle : X et la langue littéraire vers 1880 ou 1920, etc. Le postulat essentiel, celui de l’autonomisation, permet presque en passant la reconfiguration de certaines questions relatives d’une part à l’écriture, d’autre part à l’histoire.
Il ne s’agit plus de parler de champ ni d’espace littéraires, ni non plus de milieu, mais de langue.
Du côté de l’écriture, le style quitte les rives un peu anciennes de l’individuel et du singulier pour se fixer dans une phénoménologie, à partir de laquelle les auteurs envisagent la transformation puis l’apparition de certaines formes phrastiques : « on est de fait passé d’une logique hiérarchique à une structure beaucoup plus accumulative », comme le montre le détail des œuvres d’Hugo, et leur évolution esthétique. Si les auteurs ne s’aventurent pas volontiers dans les souterrains de l’étiologie, il est cependant un facteur qui revient dans un assez grand nombre de chapitres : le « démantèlement de la formation rhétorique » dans les études aurait considérablement modifié le rapport à la littérature et à la langue. « En inculquant aux enfants que la littérature est une affaire de langue et non d’autre chose, l’école de la Troisième République a validé le passage d’une définition humaniste à une définition formaliste de la littérature » : c’est donc à la fois l’idée classique de « goût » qui tend à s’évanouir, et avec elle la nécessité d’une reconnaissance mutuelle de l’élite par le style. On perdrait l’intelligence classique de la langue comme élément de clarification et de transformation du monde ; la langue littéraire ne parlerait au fond plus que d’elle-même - analyse que proposait déjà Julien Benda, cité dans le livre, en 1945.
Du côté de l’histoire, l’autonomisation n’est pas une idée nouvelle, et le même constat, fixant le début du processus autour de la deuxième moitié du XIXe siècle, fut énoncé par des prédécesseurs célèbres. Ce qui change ici, c’est l’inscription dans le monde : il ne s’agit plus de parler de champ ni d’espace littéraires, ni non plus de milieu, mais de langue. De cette façon, l’idée d’autonomie atteint son degré le plus haut, la littérature faisant totalement sécession. Alors que Sartre, Barthes ou Bourdieu pensaient encore en termes de rapport (rapports de production, rapports de forces, etc.), les études de La langue littéraire sont plus volontiers internes. Elles s’apparentent quelquefois à de fort jolis cours, par exemple lorsqu’on parvient à distinguer classicisme et modernité à partir de l’analyse des patrons formels d’une description de Flaubert puis des Goncourt. De même, les contextualisations sont internes à l’histoire du style ou à l’histoire de langue. De fait aussi, dans l’autonomisation de la littérature, il faut comprendre une certaine littérature. Ses contours semblent aller de soi : pas de trace par exemple des romans noirs, alors qu’ils occupent un espace de plus en plus étendu dans la période considérée. Cette littérature participe-t-elle à l’histoire ? Est-elle une bande à part ? Doit-elle être pensée dans ou en dehors du processus ?
Placée sous la protection de deux figures saintes, Flaubert qui ouvre la période, Barthes qui la ferme, cette histoire de la prose peut faire pâlir les jours de la critique savante : c’est désormais, et sans doute pour longtemps, avec elle ou contre elle que l’écriture de l’histoire littéraire composera.

La langue littéraire Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon
sous la direction de Gilles Philippe et Julien Piat
Fayard, 566 pages, 29

Chacun pour soi Par Gilles Magniont
Le Matricule des Anges n°108 , novembre 2009.
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