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Théâtre Koltès le frère

novembre 2009 | Le Matricule des Anges n°108 | par Etienne Leterrier-Grimal

Vingt ans après la mort du dramaturge, Brigitte Salino signe la première biographie de Bernard-Marie Koltès.

Bernard-Marie Koltès

Théâtre de l’Odéon, janvier 1981. Dans ce que l’on appelle encore à l’époque le « Petit-Odéon » et qui accueille aujourd’hui les quelques tables de la librairie, Koltès présente pour la première fois La Nuit juste avant les forêts dans la mise en scène de Jean-Luc Boutté, avec Richard Fontana. Le monologue s’achève, sous « la pluie, la pluie, la pluie ». La petite salle se vide. Une journaliste des Nouvelles Littéraires s’approche alors de Koltès, souhaitant l’interroger. Celui-ci lui répond poliment. Puis laisse dévier son regard, apercevant un jeune homme, et abandonne sur place son interlocutrice qui aujourd’hui s’en souvient encore avec amusement.
Presque trente ans après, cette même journaliste devenue critique au Monde publie la première biographie d’un auteur devenu, grâce à Patrice Chéreau, un classique de son vivant, avant que le sida ne l’emporte, en 1989. Brigitte Salino a voulu comprendre par quelles voies se forge un imaginaire, comment un fils de la bourgeoisie messine, né en 1948, devient un auteur de théâtre dont l’œuvre, tentative lyrique de rencontre de l’Autre, continue d’exercer un pouvoir de fascination durable. « Je n’ai jamais cherché à donner une quelconque vérité sur la vie de Koltès, précise Brigitte Salino, je me suis contentée d’en suivre le fil ». C’est avec un sens méticuleux du détail qu’elle rédige ici la seule biographie qu’elle ait voulu écrire. Une « enquête sur de l’humain » dont le travail préalable, commencé en 2001, aura mis sept ans pour aboutir.
Il en fallait autant pour rendre au fil de la vie de Koltès toute son épaisseur et pour suivre les détours de ses voyages aux marges de l’Occident vers ceux qu’il considère comme les opprimés. L’Europe, la Russie, l’Amérique du Sud, l’Afrique, défilent sous les semelles d’un homme aux traits parfois rimbaldiens dont Brigitte Salino évoque la trajectoire « de comète ». On retiendra de ces pages l’évocation de visages connus, certains déterminants pour son engagement théâtral (Maria Casarès pour la vocation, Hubert Gignoux, qui ouvre au jeune homme les portes du Théâtre National de Strasbourg sans concours d’entrée, et bien sûr Patrice Chéreau qui met en scène à Nanterre Combat de nègres et de chiens, dès 1983). D’autres témoignages et récits laissent également place aux compagnons fidèles, amitiés durables et passeurs d’imaginaire inconnus du grand public, « camarades » de cette fraternité tour à tour politique, sexuelle et universelle, qui apparaissent dans les pièces de Koltès, rencontrés à Paris, New York, Lagos ou Managua. La mère de Koltès, enfin, aura toujours eu une place de confidente privilégiée comme on le découvre à la lecture d’une correspondance abondamment citée.
Une biographie d’écrivain impose nécessairement des choix difficiles, et en premier lieu celui du point de vue. Entre la vie et l’écriture, Brigitte Salino choisit sans conteste la première, dans une démarche de documentariste dont le point de départ est une photographie où « un jeune homme marche vers vous, et sourit ». Restent l’œuvre de Koltès et son théâtre, pour lui « le seul endroit où l’on dit que ce n’est pas la vie ». Un lieu de liberté supplémentaire, scène d’un autre soi, et d’un cheminement secret que l’existence ne contient pas. Or il y a pourtant de la vie dans l’histoire que raconte Brigitte Salino. Lorsqu’elle évoque les mille-feuilles favoris, le petit chien en pierre de la cathédrale de Strasbourg que Koltès aimait tant, son goût pour les films de kung-fu, ses différentes adresses et son engagement au PC, elle esquisse la figure d’un personnage soudain humain, loin du mythe littéraire qui, lui, est encore en construction. Koltès, à l’image de l’un de ses modèles J. D. Salinger, avait toujours souhaité s’effacer derrière son œuvre, écartant sa « vie minuscule » au profit de ses textes. D’autres travaux suivront probablement, qui donneront à entendre dans l’écriture le dialogue intime d’un auteur avec lui-même. En cela, le travail de Brigitte Salino aura ouvert une première voie, et rendu l’auteur à sa dimension d’homme.

Bernard-Marie KoltÈs de Brigitte Salino
Stock, 360 pages, 21,50

Koltès le frère Par Etienne Leterrier-Grimal
Le Matricule des Anges n°108 , novembre 2009.
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