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Domaine étranger Fichue mémoire

mars 2010 | Le Matricule des Anges n°111 | par Thierry Guinhut

Entrelaçant roman et essai critique, la jeune littérature espagnole s’attaque à ses démons.

Encore un fichu roman sur la guerre d’Espagne

C’est à une première littéraire que nous assistons. Ou comment se saborder et rebondir à la fois… Voilà un écrivain espagnol de la jeune génération (né en 1974) qui a tout pour plaire et se complaire dans sa réussite. Deux romans ont fait son succès : La Mémoire vaine (2004) fut aussi chamarré de prix que la vareuse d’un ancien combattant. Quant à son premier, La Malamemoria, moins remarqué, il est estimé au qu’on voulût le rééditer. Tout auteur normalement constitué ne peut ressentir qu’un agréable pincement de vanité lors d’une telle marque de reconnaissance… Pas Isaac Rosa. Se relisant, après huit ans, le voilà dessillé. Il découvre toute son imperfection, s’agace des naïvetés, des grandiloquences et des clichés. Que faire ? Corriger, saccager, reconstruire ? Une solution plus radicale s’impose à lui : le republier tel quel, mais entrelardé, chapitre après chapitre, de remarques sans concessions.Voilà qui donne lieu à un exercice aussi nourrissant qu’édifiant.
Il y a en effet trois manières de lire ce qui est devenu un roman postmoderne. Primo, ne lire que les chapitres en gras, c’est-à-dire l’ancien récit dans lequel Julian Santos se voit engagé par une veuve pour écrire les mémoires de son mari fraîchement suicidé. Évidemment l’homme a un passé trouble, voire criminel, du côté de la Guerre d’Espagne, entre républicains et franquistes. Quant à l’enquêteur, il découvrira un village perdu d’Andalousie, les affres de l’amour, sans compter son propre passé, pas si reluisant. Au final un bon bouquin, doué d’une psychologie et d’un lyrisme bienvenus, d’une éthique sûre propre au roman engagé, mais, au cas où nous ne nous en serions pas aperçus, bourré de lieux communs bien écrits…
Secondo, lire page après page en respectant le double travail de l’auteur, c’est-à-dire la succession alternée de la narration et de l’essai critique pour être au plus près de l’exercice de style. La bonne solution sans doute. La mise en abyme est très réussie, où l’on voit l’auteur remueur et juge de son propre texte.
Tertio, ne lire que les entrefilets en italiques, parfois fort généreux. Et l’on finit par se demander si là n’est pas la meilleure méthode. L’entreprise de démolition critique est absolument roborative et donne lieu à une grande leçon de littérature appliquée : « nous nous heurtons à d’épais murs, dont on essaie de dissimuler la lourdeur derrière de jolis ornements en plâtre, certes peints en or. » ou « De plus, l’auteur verse dans le schématisme, la simplification et le jeu manichéen », ou encore « Le contenu se révèle redondant et en dit long sur le peu de confiance de l’auteur en un savoir-faire narratif et, pis encore, en l’intelligence du lecteur. » Sans parler des « surjouer », « prétentions psychologiques », « village de carton-pâte », et autres joyeusetés, entre « un prologue pompeux et tapageur » et un épilogue « débordant d’expressions maniérées ». Que reste-t-il de nos guerres changées « en prétexte narratif » ?
À l’issue d’une telle réjouissance acide, on se demande si tant de romans espagnols en sortent indemnes. Il y en eut pourtant d’excellents, sur un sujet semblable, tel Le Cœur glacé d’Almudena Grandes. Mais l’exercice ne vaut-il pas pour d’autres histoires nationales ? Combien de fois le malheureux lecteur (sans parler du critique) n’est-il pas obligé, à chaque rentrée littéraire, de passer sous les fourches caudines d’un récit mettant en scène les affreux pétainistes et les valeureux résistants, alors que le sens de l’Histoire a déjà parlé. Encore un roman sur l’Occupation ! Sur la guerre d’Algérie, sur le 11-Septembre… Nombre d’auteurs devront poser ce livre sur leur table chevet. Nul doute qu’ils se retourneront plus d’une fois dans leur sommeil.

Encore un fichu roman sur la guerre d’Espagne ! d’Isaac Rosa
Traduit de l’espagnol par Vincent Raynaud, Christian Bourgois, 480 pages, 26

Fichue mémoire Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°111 , mars 2010.
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