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Dossier John Burnside
D’une enfance meurtrie

octobre 2011 | Le Matricule des Anges n°127 | par Thierry Guichard

Né dans une famille ouvrière d’Écosse, confronté très tôt à un père alcoolique et violent, John Burnside a trouvé dans les livres qu’il a lus la voie vers sa liberté et dans les livres qu’il écrit la voix magistrale de ses refus. Parcours d’un homme engagé.

On ne saurait assez remercier les éditions Métailié pour leur entêtement à publier l’Écossais John Burnside. Depuis Un mensonge sur mon père paru en 2009, on sait un peu mieux l’importance de ce romancier par ailleurs poète. Ce n’était pas son premier livre publié en français, mais l’obtention de quelques prix lui aura donné une petite visibilité (3000 exemplaires vendus environ lors de sa sortie) à ce livre autobiographique. Son premier roman, Une maison muette aurait déjà dû lui valoir une consécration plus grande tant ce livre-là est impressionnant de force. Scintillation qui paraît cet automne devrait lui procurer une place primordiale dans les rayons de littérature étrangère, si l’on en croit l’enthousiasme de quelques libraires. Et ce serait mérité : on ne lit pas tous les ans un livre aussi puissant.
On aura croisé la silhouette de rugbyman de l’auteur quelques fois à Saint-Nazaire lors des rencontres Meeting qui réunissent chaque année une palanquée d’écrivains venus de tous horizons. Mais, pour la sortie de la traduction de son avant-dernier roman (cette année un nouveau roman et un livre de poèmes ont été publiés outre-Manche), c’est dans un hôtel parisien au cœur du sixième arrondissement que nous avions rendez-vous. L’homme est cordial et s’il comprend assez bien le français, il ne le parle quasiment pas. On choisit de faire l’entretien au bar de l’hôtel, autour d’une bouteille de Bourgogne tout juste sympathique. On avait prévu trois heures, on en passera un peu plus de quatre, il nous en aurait fallu le triple : si ses romans se lisent d’une traite, ils restent inépuisables à de multiples lectures.

On comprend la place donnée aux morts dans ses romans : quelque chose subsiste toujours d’eux chez les vivants, une dette ou une reconnaissance.

Le lecteur qui aurait tout lu de Burnside sauf Un mensonge sur mon père, aurait deviné que cette langue, travaillée dans une matière de haute densité littéraire, est née d’une nécessité issue de l’enfance. Il n’aurait pas tort. Mais Un mensonge sur mon père en éclairant frontalement la figure conflictuelle de cette enfance déniche une autre hypothèse : l’écriture viendrait d’un manque, non pas tant celui du fils qui écrit, que celui du père qui cogne. Enfant abandonné et jamais désiré, le paternel n’aura eu de cesse de retourner cette blessure contre ses proches, John en particulier. Ce fils, né en 1955 dans le Fife écossais, après qu’une petite sœur aura vécu un temps très bref. « Mon père me prit à part, un dimanche après-midi d’ivresse (…) et me dit que ma mère et lui avaient eu un autre enfant avant moi, une fille, qui s’appelait Elizabeth, qu’elle était morte et qu’il aurait préféré qu’elle vive et que moi, je meure à sa place » (Un mensonge sur mon père). Charmants propos, qui seront réitérés plus d’une « après-midi d’ivresse ». On comprend la place donnée aux morts dans les romans de Burnside : quelque chose subsiste toujours d’eux chez les vivants, une...

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