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Poches Petite brûlure

octobre 2011 | Le Matricule des Anges n°127 | par Marta Krol

Sans pesanteur et sans effets spéciaux, Claire Keegan décline des possibles de l’existence en quinze nouvelles.

L' Antarctique

La plume de Claire Keegan (Irlandaise née en 1968) est jeune, et cependant à distance de courants avant-gardistes. Classique plutôt, et modestement tournée vers son objet, plutôt qu’objet elle-même. Ce recueil de nouvelles paru à l’officine Sabine Wespieser l’an dernier mérite sans doute la réédition, tant il est vrai qu’il répond au besoin le plus élémentaire d’un lecteur, dirions-nous élogieusement, ordinaire : celui d’apercevoir, de humer, à défaut de revivre – on ne côtoie pas un Tolstoï ou un Flaubert tous les jours – des scénarios de vies autres, multiples, et stupéfiantes tout autant que possibles. L’auteur semble explorer à rebours la fameuse maxime de Boileau : le vrai peut quelquefois n’être point vraisemblable. La vie, une vie banale, celle de Monsieur ou, plus souvent, Madame-tout-le-monde, peut revêtir des visages grotesques, hideux, sidérants, à la faveur d’un concours de circonstances pas si extravagant que cela. Une envie d’adultère à laquelle on cède une première fois, et l’on se retrouve enchaînée au lit d’un homme dont le fantasme est surtout d’être aimé. Un désir revendiqué de vengeance du viol de sa femme, et des enfants venus en visite libèrent sans le savoir le violeur séquestré. Un camion qui rentre dans la maison de la grand-mère et écrase la mère du petit garçon, lui qui n’avait pas obéi à sa demande d’écourter les devoirs pour rentrer chez eux. Mais aussi, des prises de vues simples et brèves sur des séquences articulatoires de vies : un couple en crise après une disparition de leur enfant, une relation sororale où n’est pas vainqueur celle qui avait toujours triomphé, un sursaut d’orgueil salvateur d’une épouse devant les manœuvres humiliantes du mari…
C’est la femme et son désir de plus vivre, de mieux vibrer, d’expérimenter davantage de sa féminité, qui semble préoccuper particulièrement Claire Keegan ; la dimension morale, ou éthique, des actes ainsi posés de ses héroïnes est toujours comme suspendue à l’histoire esquissée, en forme d’une interrogation prolongeant la lecture, et sans jamais être problématisée comme telle par le narrateur ou par l’un des personnages. Au lecteur de peser le bien et le mal, à quoi on pourrait ramener le bonheur du moment, la satisfaction narcissique, l’excitation de la découverte d’une part, et la blessure par ailleurs infligée, le danger menaçant une famille, et même la nature très imparfaite de ces moments supposés transcendants d’autre part. Ajoutons que la gent masculine n’apparaît pas sous un jour avantageux : lâches, indécis, superficiels et mesquins, amants, maris ou pères sont le plus souvent, à eux-mêmes, une forme de punition pour ces femmes à la fois – un peu – servantes et putains. Un peu, car la mesure et la retenue sont la grande qualité de cette écriture discrètement perspicace. De petites touches et des traits légers en sont les moyens d’avancement, avec un intérêt certain pour le détail matériel et un refus de commentaire, à quoi tient son effet évocateur : « Elle avait des bras de poupée couverts d’ecchymoses. (…) Greer s’est assis sur le lit et a pris l’une de ses mains dans la sienne. “Hé, ma princesse”, a-t-il chuchoté. Il lui a caressé la tête. Lentement, elle leur a tourné le dos et a ramené ses genoux contre sa poitrine. Personne n’a rien dit. »
Seul regret, la traduction paraît hâtive par endroits ; peut-on vraiment parler de « sauce pulpeuse », ou bien d’« Un homme roux grand et fort, aux ancêtres irlandais et aux yeux d’un bleu soutenu ». Ne lirait-on pas mieux docteur à la place de médecin dans « le médecin aimait parler » ou bien « le médecin a remarqué ses genoux » ? La « porteuse de fleurs » au mariage de la sœur de Franck n’est-elle pas plutôt demoiselle d’honneur ?
Mais il en faudrait bien davantage pour nous désintéresser de ce volume scintillant de facettes et aux coupes étranges ; une lecture énergique et résonnante.


Marta Krol

L’Antarctique
de Claire Keegan
Traduit de l’anglais (Irlande) par Jacqueline Odin
10/18, 215 pages, 7,40

Petite brûlure Par Marta Krol
Le Matricule des Anges n°127 , octobre 2011.
LMDA papier n°127
7,30  / 8,30  (hors France)
LMDA PDF n°127
4,50