Bienvenue au « magasin », à Auch, dans le Gers. Un poster géant de Patti Smith vous accueille. Tristram a établi ses jolis bureaux dans l’ancienne boutique de cycles de José Alvarez, le père spirituel de Bernard Hinault. Assurément, tout un symbole. Depuis la parution de son premier livre en 1989, les Poésies d’Isidore Ducasse, la maison (en hommage au monumental Tristram Shandy, de Laurence Sterne, qu’elle retraduira) déploie une endurance exemplaire. Et un goût immodéré pour des travaux de haute altitude : l’édition quasi complète de l’œuvre d’Arno Schmidt, Le Livre des violences de William T. Vollmann (1000 pages), les nouvelles complètes de J.G. Ballard, Mark Twain ressuscité…
Les deux chevilles ouvrières de Tristram, Jean-Hubert Gailliot et Sylvie Martigny, se sont rencontrées au lycée français de Vienne. Automne 1978 : « en rupture de ban », les deux ados quittent ceux de la Terminale, traversent l’Italie pour le Péloponnèse, avec « un embryon de Tristram dans le sac à dos : Burroughs, Ballard, Patti Smith ». À 20 ans, le hasard les conduit en pays gascon. Aujourd’hui, l’éditeur d’Arno Schmidt change de braquet. Il investit le marché du poche. La collection « Souple », au design élégant, à l’étonnante légèreté (elle est imprimée par l’imprimeur du FC Barcelone), accorde un supplément d’âme à des ouvrages illustres : La Vie et les opinions de Tristram Shandy (évidemment) ou les chroniques rock de Lester Bangs, Psychotic reactions & autres carburateurs flingués. Mais pas seulement. « Souple » élargit l’assiette du catalogue nouveau avec la réédition de Bastard Battle de Céline Minard et De la Boxe, un inédit de Joyce Carol Oates. Tristram saison 2 est né.
Contrairement à des maisons d’édition de votre génération comme Métailié, Viviane Hamy, Liana Levi, pourquoi avoir attendu si longtemps pour créer votre collection de poche ?
Ce sont des éditeurs beaucoup plus productifs que nous. En fait, l’idée germait depuis longtemps. Raison pour laquelle nous avons toujours refusé de céder les droits de nos livres à des éditeurs de poche. Seule entorse à cette règle : les demandes pour un auteur français, comme Medhi Belhaj Kacem, Pavel Hak ou Pierre Bourgeade, avec des durées de cession limitées. On ne pouvait pas priver un écrivain, en quête de notoriété, d’une audience additionnelle. Il fallait donc réunir trois conditions : avoir une très bonne diffusion, avoir suffisamment développé le catalogue sur lequel s’appuyer, réussir à définir le type de collection que l’on souhaitait faire.
Quel a été le cahier des charges ?
Déjà, sur le plan de l’identité graphique, présenter une unité de maquette, pour fidéliser le lecteur, c’est-à-dire prendre le contre-pied absolu de tout ce qu’on a fait auparavant. Le format de « Souple », titre qui renvoie à la matérialité de l’objet, est celui de L’Imaginaire (12x19,5).
La difficulté du poche, c’est la capacité à produire suffisamment pour que la notion de...
Éditeur Leçons de souplesse
février 2013 | Le Matricule des Anges n°140
| par
Philippe Savary
Habitué aux projets d’envergure et passé maître dans l’art du contre-pied éditorial, l’inventif Tristram lance sa collection économique « Souple », au rythme de douze titres par an. Nouveau pari.
Un éditeur
