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Domaine français Hors père

septembre 2015 | Le Matricule des Anges n°166 | par Anthony Dufraisse

Après le silence, de Didier Castino, est une chronique ouvrière et familiale qui questionne sans concession la transmission.

Les premiers romans ne manqueront pas en cette rentrée littéraire, comme d’habitude. Gageons, ou espérons, que celui-là aura l’attention qu’il mérite. Signé Didier Castino, né en 1966, dont on nous dit qu’il est prof de lettres à Marseille, ce roman, autobiographique semble-t-il, est très touchant, vibrant même, par moments. C’est une chronique ouvrière et familiale qui passe sans cesse de la dureté à la fragilité. Aux trois-quarts il s’agit du monologue de Louis Catella qui s’adresse au plus jeune de ses trois fils. Il lui fait le récit de sa vie d’homme, commencée à l’usine, à 13 ans, quand il entre aux Fonderies et Aciéries du Midi. Une vie laborieuse, rude, mais relativement heureuse. Une vie modeste où le travail dans la fournaise pourrait tout consumer si l’on n’y prenait garde. La classe ouvrière des années 60-70 s’y laisse voir par le petit bout de la lorgnette. Les combats syndicaux, les espérances trahies, les colères rentrées et les menus plaisirs trouvent en Louis Catella un porte-voix de choix. Le lecteur traverse cette époque, vite tenaillé par l’attente d’un drame qui ne manquera pas de survenir.
Car tout bascule le 16 juillet 1974 quand ce père fort en gueule est tué sur le coup à 43 ans, écrasé sous un moule de plusieurs tonnes. Le fiston, à l’époque, a 7 ans. Le monologue ne s’achèvera pas pour autant, le père, spectre omniprésent et omniscient, devenant désormais le commentateur spectateur d’une vie qui se déroule sans lui avec, pour le remplacer, des pères de substitution. Ce livre aurait d’ailleurs pu gauchir un titre de Romain Gary et s’intituler La vie après soi. Interminable, ce monologue aurait pu l’être si le fils n’était pas entré en rébellion contre ce fantôme écrasant, cette figure tutélaire qui pèse de tout son poids symbolique. Un coup d’éclat narratif, mieux : un coup de gueule, donne la parole au fils, transfert qui modifie d’un coup le point de vue sur l’existence de ce père à la stature si imposante. Prenant les rênes du récit, le fils entend bien détricoter la mythologie paternelle, « foutre en l’air la rengaine, le mythe éternel ». Fi de la légende dorée, ce nouveau narrateur visiblement remonté s’en tiendra, lui, aux « preuves formelles », aux documents, aux chiffres, aux photos : « Je veux m’en tenir aux marques, à ce qui a existé et qui s’use ». « Je cherche concrètement où tu te trouves », dit-il encore, voulant, dans une sorte de « règlement de comptes », mettre à nu, à plat et donc à vif cette relation père-fils noueuse et douloureuse : « Le lien ne s’est pas déchiré malgré le moule qui s’effondre, c’est à n’y rien comprendre. On coupe le lien et il reste tendu malgré le vide qui le sépare en deux. On se met alors à parler d’un lien qui existe sans avoir jamais existé, on en parle sans sourciller et le père mort deviendra grand-père mort ».
Recherchant toujours une tension, Didier Castino pose de façon souvent bouleversante la question de l’héritage reçu malgré soi, de la transmission. Ce qui passe d’une génération à une autre, ce qui s’enracine à travers les épreuves, les souvenirs réels, reconstruits ou imaginaires, ce qui travaille une mémoire familiale. Plus qu’aux autres peut-être, Castino parle à ceux d’entre nous qui, devenus pères à leur tour, doivent se regarder dans la glace sans se détourner du rétroviseur. À cet égard, la tournure que prend la fin de ce livre impose, entre trahison et acceptation, de réfléchir à la notion de fidélité. Ici, pour être un homme à son tour, le fils n’entrera pas à l’usine, lui. Il regarde le « père en face » et récapitule, sans capituler, leurs vies entremêlées.
Anthony Dufraisse

Après le silence
De Didier Castino
Liana Levi, 222 pages, 18

Hors père Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°166 , septembre 2015.
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