La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine étranger Fleurs du mal

mars 2016 | Le Matricule des Anges n°171 | par Richard Blin

Très tôt condamné au lit par une tuberculose osseuse, Masaoka Shiki est l’inventeur d’une écriture qui témoigne du secours que peut représenter la littérature.

Un lit de malade six pieds de long

Bien que mort prématurément, à 34 ans, Masaoka Shiki (1867-1902) n’en a pas moins profondément marqué l’histoire littéraire du Japon. Parce qu’il a réinventé l’art du haïku et celui du waka, des genres devenus des exercices mineurs condamnés à la disparition par leur propre insignifiance. Parce qu’il milita pour une prose nouvelle s’articulant autour de la notion du « croquis sur le vif » (shaseibun). Enfin, parce qu’il a donné ses lettres de noblesse à une forme d’écriture transcendant tous les genres et dont Un lit de malade six pieds de long (1902) – proposé pour la première fois dans une autre langue que le japonais – est la parfaite illustration.
Cette écriture singulière, il va l’inventer pour répondre à la situation qui est devenue la sienne. En effet, la tuberculose dont il souffrait s’étant brusquement aggravée, une carie osseuse est diagnostiquée. Il est opéré mais marcher lui devient de plus en plus difficile, ce qui l’oblige à passer de longues journées allongé puis le condamnera à rester cloué au lit. « Un lit de malade six pieds de long : voilà le monde qui est le mien. »
Rompant avec les formes instituées que sont le roman, l’essai, la poésie, mais les associant toutes, Un lit de malade est une sorte de suite à Une goutte d’encre (Bokujû itteki), un projet imaginé pour faire face à l’ennui où le laissait son état. L’idée était d’écrire chaque jour, un texte bref qui serait publié dans Nihon, le journal auquel il collabore depuis 1892. « Ce serait chic, une littérature dans les marges, qui emprunterait chaque jour, deux marges du journal. » Le projet fut accepté et la publication durera de janvier à juillet 1901. L’année suivante, commencera en mai, celle d’Un lit de malade. Elle comptera 127 livraisons, la dernière datée du 17 septembre, deux jours avant sa mort.
« Douleurs, tourments, hurlements, analgésique : chercher timidement un sentier de vie sur le chemin de la mort (…) quelle dérision ! Et pourtant, dès lors que l’on demeure en vie, il y a des choses que l’on tient absolument à dire. » Des choses qui touchent les sujets les plus divers : la chasse, le théâtre nô, l’éducation des filles, l’art du bonsaï, la nourriture… Il dresse la liste des choses qu’il aurait aimé voir, des objets qui entourent son lit, des choses dont il a parlé avec ses visiteurs… Il dit son amour des fleurs, des oiseaux, de la peinture, comparant les mérites respectifs de tel ou tel peintre. Il défend ce qui est peint avec un petit nombre de traits, autrement dit ce qui est conforme à l’esprit du haïkaï, à son esthétique de la représentation de la vie, basée sur le « style du croquis sur le vif ». Il s’agit non de montrer un idéal mais de « dépeindre objectivement, sans rien modifier, l’expérience que l’on a eue soi-même ». « L’idéal, d’un souffle, veut vous emmener en haut sur le toit, mais il arrive souvent que l’on se retrouve au fond de la mare. »
Il se divertit en composant des séries de haïkus fidèles à ses Principes : fermes, se refusant à la pure délectation, captant le surgissement du sens tel que la conscience le perçoit à travers un morceau de réel où tout se condense et s’abolit. Il discute, critique les compositions de ses amis, leur soumet les siennes. Et puis il évoque la souffrance, les soins, la nécessité d’être veillé, la question de la vie et de la mort, qui, dit-il, devient extraordinairement simple une fois que l’on a accepté que la vie avec la maladie est un « régime de vie possible parmi d’autres possibles, avec ses particularités ». Alors « on jouit pleinement de sa destinée ». C’est dire combien Un lit de malade relève de ce vertigineux paradoxe d’où procède toute littérature : la conscience aiguë de quelque chose de totalement dérisoire mais d’absolument indispensable à la jouissance plénière du vivre.
Richard Blin

UN LIT DE MALADE SIX PIEDS DE LONG
DE MASAOKA SHIKI
Traduit, annoté et présenté par Emmanuel Lozerand, préface de Philippe Forest, Les Belles Lettres, 338 pages, 23,50

Fleurs du mal Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°171 , mars 2016.
LMDA papier n°171
6.50 €
LMDA PDF n°171
4.00 €