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Théâtre Voix sans issue

avril 2016 | Le Matricule des Anges n°172 | par Laurence Cazaux

L’écriture permet-elle de s’affranchir du déterminisme social ? Tentative d’échappée, par Samuel Gallet.

Issues de Samuel Gallet est construite comme un miroir. La première partie met en jeu un atelier d’écriture en prison. La deuxième se révèle être une pièce dans la pièce, ayant pour titre Issues, imaginée par les prisonniers lors de cet atelier encadré par un jeune écrivain, Boris, seul personnage a être doté d’un prénom. La pièce commence, ils devaient être dix détenus à participer, ils ne sont que 3, les autres font sport. Les trois en question portent des numéros, 672, 99 (surnommé Wikipédia) et 58. L’Intrus, un caïd faisant régner sa loi, les rejoindra en cours de route. Le projet : écrire une pièce de théâtre poétique. Très vite Boris se trouve affublé du surnom de Pinocchio, les détenus supposent une arnaque doublée d’un mensonge.
Les exercices se succèdent. Le divorce entre le discours de Boris et la réalité grandit. Boris récite des poèmes, explique ses exercices. Il obtient comme réponses : « Je comprends pas Pinocchio » ou encore « On peut faire la pause ? » On se croirait revenu dans une salle de classe, avec les mauvais souvenirs qui déclenchent la stratégie de fuite ou de rébellion des cancres humiliés.
Par moments, il y a un temps d’écriture même si « C’est vraiment pour te faire plaisir Pinocchio ». Surgit parfois un instant de grâce et de joie partagé. La bascule semble possible. Comme si l’écriture pouvait permettre de sortir de l’enfermement. Mais Samuel Gallet joue avec les multiples sens du titre Issues. Le mot fait d’emblée penser à un passage par lequel on peut s’échapper. Mais l’auteur nous propose une autre définition, plus bouchère : « Issues : Extrémités ou viscères des animaux formant avec les abats, le cinquième quartier  ». À savoir ce qui ne peut pas se consommer, le rebut.
Outre la naissance de l’écriture, ce texte pose avec acuité la question de la place de la culture dans notre société. Il montre de manière drôle et abrupte le clivage existant entre ceux pour qui la culture est essentielle et ceux qui en sont exclus et ne la trouvent en rien nécessaire. Une tension traverse toute l’écriture, elle nous percute en permanence dans les affrontements entre Boris et les détenus, comme cette discussion au sujet de la poésie. 58 répond à Boris quand ce dernier dit que la poésie c’est simple et qu’il ne faut pas chercher à comprendre mais à ressentir : « Mettons si tu veux que le lecteur il rentre dans une librairie un soir (…) il entre dans la librairie encore ouverte au lieu d’aller se mettre une bonne mine avec des potes et il ouvre comme ça le livre de poésie (…) Mais qu’est-ce que c’est que cette merde ? Voilà ce qu’il se dit le lecteur alors il cogne le libraire Il casse la vitrine Il pisse partout sur tous les livres Et il retourne en prison à l’atelier d’écriture ».
Au final, Boris va proposer aux détenus d’adapter Lysistrata, d’Aristophane. Mais la grève du sexe en prison, ça a du mal à passer. Alors l’histoire va être transformée. Elle deviendra, sous la plume des quatre détenus, un drôle d’objet maladroit, hybride, cabossé, rock, poétique et destroy. Résumée par l’Intrus, ça donne : « C’est l’histoire de trois femmes prises dans une grande guerre mais qui refusent de faire la grève du sexe Toutes les autres femmes décident de faire la grève du sexe mais elles elles ont voté contre Parce qu’elles ont de très gros besoins Elles se font insulter par les autres Accuser de trahison Alors elles s’enfuient de la ville dans une voiture volée elles font péter les murs de cette ville de merde Et elles roulent pendant des kilomètres dans un pays immense en criant Vive la liberté ».
Là encore, la parole s’envole et se fracasse, les détenus écrivant même la critique de la pièce intégrée à la pièce, pour qu’elle soit quand même plus drôle : « Et ils veulent qu’il y ait la fanfare, et les clowns et les feux d’artifice et les musiciens et les auto-tamponneuses BOUM BOUM (…) parce que c’est ça que les gens veulent c’est se taper sur la gueule à toute force parce qu’on sait pas quoi faire de tout l’amour qu’on a ».
Laurence Cazaux

ISSUES de SAMUEL GALLET
Éditions Espaces 34, 88 pages, 14,50

Voix sans issue Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°172 , avril 2016.
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