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Poches Nature sauvage

avril 2016 | Le Matricule des Anges n°172 | par Lionel Destremau

Avec Les Arpenteurs, Kim Zupan confronte deux êtres solitaires, que tout sépare, sauf la beauté du Montana.

Sal Millimaki est un jeune adjoint du shérif d’une petite ville dans le nord du Montana. Il s’est installé dans une maison au confort un peu spartiate, avec une épouse qu’il a bien du mal à comprendre, ne sachant plus si son mariage a définitivement capoté ou s’il y a encore un espoir de le sauver. L’essentiel de son temps, il le passe à parcourir plaines, collines, montagnes et sous-bois, avec son chien Tom, en quête de personnes disparues, randonneurs égarés ou adolescente fugueuse. Et quand il se met ainsi en chasse, la possibilité de retrouver ces personnes vivantes est à l’image d’une chandelle qui s’éteint dans un souffle : en général, ce sont des cadavres qu’il ramène. C’est que la nature aride et sauvage ne fait ici aucun cadeau à celui ou celle qui n’en respecte pas les règles. Et l’ombre de la mort fait partie intégrante de l’existence de tous ceux qui habitent ces lieux. « Et je ne sais pas où tu es Val. Avec tous ces morts que tu retrouves dehors, j’imagine. Ils sont plus simples. Tu n’es pas obligé de leur parler. Tu ramènes à la maison leurs foutues photos comme s’ils faisaient partie de la famille, ou comme si c’était une amante secrète. »
Cette ombre, certains s’y baignent depuis leur plus jeune âge, et elle les pousse au crime. C’est le cas de John Gload, vieil homme de 77 printemps, de larges mains ridées et calleuses accrochées aux barreaux de sa cellule, et qui attend son procès. Quand Val n’a personne à rechercher, il est de corvée de garde du prisonnier, pour les heures de permanence les plus fastidieuses, celles de la nuit. Le vieux criminel n’arrive pas à dormir, sans doute a-t-il trop de choses sur la conscience… Mutique avec le shérif, c’est à Val qu’il choisit de se confier. Et nuit après nuit, Gload va livrer son récit, au fil d’un dialogue improbable entre aveux et confidences. Gload n’est pas un de ces serial killers qui font la une des journaux télévisées. C’est un tueur certes, sans aucune compassion pour ses victimes, capable de découper un être humain avec une placidité incroyable, mais il est aussi angoissé, malade, un brin pathétique. Et si Val, tout policier qu’il est, cherche bien sûr à connaître les crimes commis, ce n’est pas tant sur les raisons de ces crimes que la discussion va prendre naissance entre les deux hommes que sur ce qui les relie l’un à l’autre, presque malgré eux : leur compréhension des paysages dans lesquels ils ont vécu, tous deux à la fois fascinés et dépassés par leur grandeur. Ces deux hommes se retrouvent là, enfermés, chacun d’un côté de la grille, partageant le même air, profondément différents et pourtant si proches, si capables l’un et l’autre de saisir l’inflexion de la lumière sur une rivière, l’envol d’un oiseau au cœur des montagnes, le souffle du vent dans les branches : « Il se demanda ce qui pouvait susciter une telle cruauté dans un si beau paysage. Comme si le vent qui balayait les flancs depuis les escarpements gelés et mornes apportait avec lui l’appétit des loups et des ours, pareil à un microbe contaminant le sang. »
Une forme de mélancolie tatouée sur leur peau, un instinct de mort qui colle à leurs semelles sans qu’ils puissent s’en défaire jamais, une vision de l’avenir toujours incertaine, fluctuante comme la brise, et dans le même temps un amour profond pour la nature qui les entoure, voilà ce que le jeune policier abandonné par sa femme et le vieux tueur solitaire mettent en partage au cœur de leur conversation nocturne. Et en dépit du devoir de police, en dépit de la morale commune, une amitié troublante s’installe progressivement, et c’est tout le talent de Kim Zupan dans ce premier roman que de parvenir ainsi à construire, entre non-dits, manipulations et véritable écoute, un huis clos pourtant formidablement imprégné du monde extérieur, une sorte de roman noir lumineux…
Lionel Destremau

Les Arpenteurs de Kim Zupan
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laura Derajinski,
Gallmeister, « Totem », 298 p., 9,80

Nature sauvage Par Lionel Destremau
Le Matricule des Anges n°172 , avril 2016.
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