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Arts et lettres Drôle d’oiseau

avril 2016 | Le Matricule des Anges n°172 | par Richard Blin

Au fil de quelques notes et observations, c’est un art de voir, de peindre et de vivre que distille Pierre Bonnard. À écouter avec tous nos sens.

Observations sur la peinture

Les Exigences de l’émotion

En indiquant, à la fin de sa vie, vouloir « arriver devant les jeunes peintres de l’an 2000, avec des ailes de papillon », Pierre Bonnard (1867-1947) espérait que sa peinture continuerait à chatoyer, et se montrait égal à ce qu’il avait toujours été : modeste, économe de mots, discret mais profondément passionné, comme en témoignent les deux ouvrages, parfaitement complémentaires, que nous propose L’Atelier contemporain.
Le premier, Observations sur la peinture, donne la retranscription des notes que Bonnard crayonna dans ses agendas entre 1927 et 1946. Des agendas de poche – dont nombre de pages sont soigneusement reproduites – et dont il usait pour consigner chaque jour la couleur du temps – « beau » ; « pluvieux nuageux » – noter des courses à faire, mais qu’il utilisait surtout comme carnets de croquis. Et puis, parfois, en marge d’une figure, d’un paysage, d’un dessin de Marthe, sa femme, nue à sa toilette, au miroir ou dans son bain, il fixait une observation (la présence de « violet dans les gris » et de « vermillon dans les ombres orangées », par jour froid de beau temps), notait le fruit d’une réflexion ou d’une évidence plus ou moins soudaine. « Il ne s’agit pas de peindre la vie. Il s’agit de rendre vivante la peinture. »
Peindre le simple mystère d’être là, faire de l’instant éblouissant un présent durable, « dessiner son plaisir – peindre son plaisir – exprimer fortement son plaisir », toute sa stratégie, en termes de couleur, de lumière, de regard, découle de ce désir de donner présence à ses émotions. Ce qui explique pourquoi chaque ton, chez lui, semble surgir des profondeurs, rayonner au-delà de la toile et pourquoi sa peinture est aussi éclatante et vive.
Ce côté « poète de la peinture », on le retrouve dans les entretiens et articles réunis dans Les Exigences de l’émotion. Bonnard y affiche très clairement son ambition : faire de la couleur un moyen d’expression du sentiment d’exister. C’est ainsi qu’il se range dans ce qu’il appelle « la peinture de sentiment ». Il est peintre de sentiment. Cet artiste, ajoute-t-il, «  on l’imagine passant beaucoup de temps à ne rien faire qu’à regarder autour de lui et en lui. C’est un oiseau rare. » Un oiseau rare qui se promène tôt le matin avant de se mettre au travail, sur une toile libre, simplement punaisée au mur et d’un format plus grand que la surface choisie. Ses couleurs, il les prépare dans des assiettes plutôt que sur des palettes. Et quand il travaille un fragment, il cache le reste de la toile. Le tableau réussi, il le définit comme « une vision sentimentale qui tient le mur. (Un sentiment qui tient le mur) », c’est-à-dire resté fidèle à la « séduction ou idée première », celle qui détermine le choix du motif. Si cette séduction s’efface, « il ne reste plus que le motif, l’objet qui envahit, domine le peintre ». Parce qu’il y a « le modèle qu’on a sous les yeux et le modèle qu’on a dans la tête », Bonnard ne peint pas sur le motif mais le réinvente devant la toile, faisant surgir son sujet à force de reprises incessantes et de retouches successives. Pour rendre la plénitude de l’émotion, prolonger l’écho de l’instant, il faut transmuer un peu la réalité – « n’est-ce pas Bonnard, il faut embellir » comme le lui disait Renoir. D’où le bain de couleurs jubilatoire et l’espèce de fraîcheur candide qui émanent de l’œuvre de Bonnard. C’est sa capacité d’émerveillement qu’il nous transmet et sa conception du bonheur. Celle dont on peut juger à travers Correspondances, un recueil de souvenirs déterminants conçu sous forme de lettres manuscrites et illustrées, composé par le peintre durant la guerre et reproduit dans Les Exigences de l’émotion. Une sorte de récit épistolaire de formation, une petite cantate à l’innocence du regard, à la vie immédiate et à la beauté de l’éphémère.
Richard Blin

OBSERVATIONS SUR LA PEINTURE
et LES EXIGENCES DE L’ÉMOTION de PIERRE BONNARD, préfaces d’Alain Lévêque, L’Atelier contemporain, 72 p., 15 et 192 p., 20

Drôle d’oiseau Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°172 , avril 2016.
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