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Domaine étranger Écrire et boire

avril 2016 | Le Matricule des Anges n°172 | par Eric Bonnargent

De Portland à San Francisco, Don Carpenter fait revivre le monde littéraire de la fin des années 50 au début des années 70.

Un dernier verre au bar sans nom

En 1995, soit une dizaine d’années après le suicide de son meilleur ami, Richard Brautigan, « le dernier des Beats », Don Carpenter met lui aussi fin à ses jours. Il laisse un manuscrit inachevé : Un dernier verre au bar sans nom. C’est à Jonathan Lethem, grand admirateur de l’écrivain, que revient la tâche d’intervenir sur le manuscrit. Il y apporte les modifications d’usage à tout travail éditorial et ajoute quelques pages, qu’aucun lecteur ne saura déceler. Comme il l’écrit dans la postface, ce livre « est un roman sur les écrivains, avec beaucoup d’écrivains », des écrivains de la côte ouest des États-Unis que l’on va suivre sur une quinzaine d’années.
Alors que Kerouac ou Ginsberg sont au sommet de leur gloire, les écrivains de Carpenter visent aussi la célébrité. Il y a Dick Dubonnet qui, ayant déjà réussi à placer quelques nouvelles dans des revues comme Playboy, se prend pour un maître et cela d’autant plus qu’il possède selon lui la qualité suprême de tout écrivain : la faculté d’être malheureux sans la moindre raison… Il y a aussi Stan Winger, fasciné par le roman de gare, cambrioleur pulsionnel, qui pisse sur les lits et chie sur les tables de ses victimes et se lance dans l’écriture après avoir découvert que le vol et la littérature ont comme point commun d’être des « questions extrêmement intimes. » Son surprenant destin, le mènera aussi bien en prison qu’à Hollywood. Il y a également Charlie et Jaime, mariés depuis l’Université. Lui est un vétéran de la guerre de Corée qui a pour ambition d’écrire non pas un roman de guerre, mais le roman de guerre. « Il avait beau être autodidacte, il était brillant, et tout le monde pensait que du groupe, seul Charlie avait le potentiel de devenir célèbre. » Jaime renonce d’abord à ses propres ambitions, se consacre à l’éducation de leur fille alors qu’au fil des années le manuscrit de son mari prend une ampleur délirante. Bien que très amoureuse de Charlie, Jaime reste lucide : « Elle savait que c’était un écrivain enthousiaste sans grand talent littéraire, et enfin, elle savait que tout le monde à l’université pensait qu’il était l’étudiant le plus prometteur. Sans doute parce qu’il était grand et fort et qu’il avait un beau sourire. »
Plus que des individualités, c’est surtout le milieu littéraire que l’auteur de Sale temps pour les braves réussit magistralement à faire vivre, lui donnant une véritable dimension romanesque. Le monde des lettres est un monde comme les autres, avec ses ambitions, ses mesquineries et ses magouilles. Tous les apprentis écrivains que Carpenter met en scène sont des laborieux en proie à leurs incertitudes, qui se lisent les uns les autres, s’entraident ou se tirent dans les pattes, se jalousent ou se méprisent, s’angoissent dans l’attente d’une réponse d’éditeurs puis, parfois, se désolent des corrections que ces derniers apportent à leurs textes. Leurs vies sentimentales sont chaotiques et pour supporter tout cela, ils se réfugient dans l’alcool. Les bars sont leurs derniers refuges. C’est là qu’ils trouvent la force de continuer à vivre. Plein de tendresse pour ses personnages, Carpenter montre bien qu’être un écrivain ne consiste pas seulement à écrire – certains ont renoncé parce qu’ils se font une trop haute idée de la littérature, parce qu’ils ont l’impression que tout a déjà été dit et se sentent écrasés par leur médiocrité –, être un écrivain c’est avant tout observer les choses et les autres à travers le prisme des mots. Avec Un dernier verre au bar sans nom, qui peut être considéré comme son testament littéraire, Don Carpenter signe un immense roman dont le personnage principal n’est nul autre que la littérature elle-même.
Éric Bonnargent

Un dernier verre au bar sans nom
De Don Carpenter
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Céline Leroy, Cambourakis, 382 pages, 24

Écrire et boire Par Eric Bonnargent
Le Matricule des Anges n°172 , avril 2016.
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