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Domaine français Fade

juin 2016 | Le Matricule des Anges n°174 | par Emmanuelle Rodrigues

Après L’Astringent et Manger fantôme, Ryoko Sekiguchi poursuit ici sa réflexion sur le goût. Fade fait écho à l’essai du philosophe François Jullien, Éloge de la fadeur, au magnifique texte que Jun’ichirô Tanizaki écrivit au soir de sa vie, Éloge de l’ombre, et à la poésie japonaise. Tout s’apprend, nous dit Ryoko Sekiguchi, et elle ajoute : « Tout s’apprécie avec le temps, mais lentement. Ce n’est qu’à force de pratique et d’expérience que l’on en vient à développer sa sensibilité… »
En français, le mot « fade » est fréquemment connoté de façon dépréciative : le manque de saveur signifiant foncièrement un manque de vie. Cela n’est pas non plus infondé, car ce manque-là renvoie à notre manque de sensibilité. Pleinement saisie et reconquise par notre palais, l’essence de la fadeur en viendrait à enrichir l’expression même de nos émotions. Car, cette fadeur traduirait bien une part de tristesse et de mélancolie, et ce qu’en japonais on désigne par le mot ôaji, signifiant « goût trop simple » dénoterait alors « un manque de sophistication ».
Ryoko Sekiguchi n’est pas sans s’interroger sur les caractéristiques du fade. Serait ainsi désigné « le centre creux de toute saveur indéfinissable. Une boîte vide où l’on jetterait toutes sortes de sensations différentes, et des non-sensations, et sa propre incapacité à sentir. » Qualifier un plat de fade ne tient qu’à notre défaut de perception. Notre sens gustatif démontre les limites de notre subjectivité. Bref, le mot « fade » nous vient bien souvent à la bouche quand on ne sait que dire. « Notre incompréhension gustative » ne fait alors que nous trahir. Ce serait donc « le seul mot relatif au goût qui relève avant tout de l’émotion et du jugement de valeur ». En japonais, son équivalent, ajinekai, s’applique à un sentiment d’ennui. La cuisine est comparable à une langue, et ajoute Ryoko Sekiguchi, « la langue fait sa cuisine ». Aussi, « dans certains poèmes, il peut se trouver des phrases qui n’ont pour ainsi dire pas de sens, mais dont la texture ou le parfum est essentiel, ou qui sont là pour leur cadence. À ceux qui ne cherchent que le sens, ces vers apparaîtront « fades » ».
Emmanuelle Rodrigues

FADE
DE RYOKO SEKIGUCHI
Les ateliers d’Argol, 90 pages, 15 e

Le Matricule des Anges n°174 , juin 2016.
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