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Poésie Parole d’endurance

mai 2017 | Le Matricule des Anges n°183 | par Emmanuelle Rodrigues

Pierre après pierre propose une anthologie bilingue de Fabio Pusterla. La méditation du poète suisse italien y gagne en gravité et en force.

Né en 1957, à Mendrisio, dans le Tessin, Fabio Pusterla est à la fois poète et traducteur, notamment d’écrivains français contemporains, comme Philippe Jaccottet. Pourtant, nous dit la préfacière Françoise Delorme, « le pessimisme dynamique » à l’œuvre chez ce poète serait à rapprocher de celui d’un auteur comme André Frénaud tandis que joie et mélancolie rappelleraient indéniablement celle de Marie-Claire Bancquart, ou encore de James Sacré. La traductrice rassemble là des textes publiés entre 1999 et 2010, parmi lesquels certains encore inédits en français. C’est une œuvre à la portée morale et esthétique que celle de Fabio Pusterla. Les thèmes de prédilection ici privilégiés mettent en effet l’accent sur la confrontation de l’homme à son milieu. Pierre après pierre nous expose le décor d’une violence indéniable qu’un semblant de banalité ne parvient pas à dissimuler tout à fait : lieux et figures évoquent guerre, misère sociale et urbaine, nature ravagée par l’homme. Tantôt à la manière de fables, tantôt à la manière de paraboles, l’art de Fabio Pusterla parvient cependant à exprimer avec nuance toute la profondeur de l’expérience humaine au sein du monde vivant, et par ce regard lucide, en arrive à « se défaire de toute illusion ».
Au cœur de cette traversée de paysages, de plaines et de montagnes, mais aussi de villes, ce qui tient sa juste place, lutte et résiste par cette manière de s’en remettre à la parole, qu’elle affirme sa présence, soit gagnée par le doute, ou encore qu’elle consente au silence. Susceptible de rendre la langue poreuse, une lente érosion des mots lui ferait perdre sa raison d’être. Par la rigueur de son chant, cette voix faite de sang et de souffle malgré tout, s’opposerait à sa propre ruine et ne se laisserait pas totalement anéantir. Tels des tableaux, les poèmes de Fabio Pusterla prennent pour cadre la grandeur des espaces naturels, propres à offrir un socle à notre regard, et un mouvement pour soutenir celui-ci, sans le laisser se perdre tout à fait. La lumière joue là un rôle primordial, à la faveur parfois du silence qu’elle impose, ou au contraire de la distance à laquelle elle invite. En filigrane, c’est un jeu de déprise et de dépossession où, de l’évidente sobriété, l’on passe à ce qui point plus âprement. Tel est le contraste qui signe constamment ces poèmes, et dont la traductrice se fait l’écho soulignant alors « la nécessité de garder confiance en la poésie, en sa force à la fois sourde et vive à nous surprendre ».
C’est bien cette sorte d’émerveillement qui se fait jour ainsi : « Toujours de biais le regard, toujours en attente/du mouvement imprévu. » Et ce mouvement-là, ne faut-il pas alors aussi bien le suivre que le laisser se déployer, hors de notre portée, tel l’animal qui s’échappe, ou l’oiseau qui s’envole, loin du « nid joyeux », ce monde qui nous attache, autant que nous nous y attachons ? Le vertige de l’éloignement, comme de ce qui tient non plus seulement de l’étrangeté, mais d’une quasi-proximité, c’est aussi le point de vue par lequel entrevoir, sans l’élucider cependant tout à fait « le tourment de la parole qui s’approche/de l’harmonie insaisissable, perdue  ». Mais il y a aussi le geste de ce qui s’ouvre, « vers la lumière, saluant quelque chose », geste qui narre la pensée, en retraduit la portée éclairante, en préserve l’intelligibilité.

Emmanuelle Rodrigues

Pierre après pierre, de Fabio Pusterla
Traduit de l’italien par Mathilde Vischer et préfacé par Françoise Delorme,
MétisPresses, 156 pages, 16

Parole d’endurance Par Emmanuelle Rodrigues
Le Matricule des Anges n°183 , mai 2017.
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