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Poésie L’étonnement poétique

novembre 2018 | Le Matricule des Anges n°198 | par Emmanuelle Rodrigues

L’Iranien Rezâ Sâdeghpour insuffle à son écriture une modernité dont Le Bris lent des bouteilles est fortement imprégné.

Le Bris lent des bouteilles

Né en Iran en 1985, Rezâ Sâdeghpour vit à Ispahan où il exerce la profession d’avocat. Selon les deux traducteurs et préfaciers, il s’est toujours passionné pour la poésie persane classique, celle d’Hâfez et d’Omar Khayyâm, mais aussi pour des œuvres inaugurant des formes d’écritures plus ouvertes à la modernité, telle celle de Sâdegh Hedâyat, d’Ahmad Châmlou ou encore de Forough Farrokhzâd. Le Bris lent des bouteilles se caractérise par une écriture à la tonalité mélancolique qui contraste parfois avec une tendance au lyrisme. Scènes de la vie quotidienne, et paysages campagnards alternent, tandis que les thèmes de la solitude, la mort, le suicide, le désenchantement amoureux, font résonner une certaine « discordance ironique ». La voix que l’écrivain fait entendre, n’est pas sans rappeler une sorte de spleen à la manière baudelairienne, et l’ensemble des poèmes qui composent le recueil, s’apparente alors à la description de nos existences modernes.
Ce qui frappe tout au long de ces quarante-six poèmes, les uns simplement numérotés, les autres aux titres laconiques, c’est l’intensité du regard qui porte ici sur quelques objets, dont la présence se fait fortement symbolique, une ou deux bougies, des fleurs, le cadre d’une fenêtre, et la fragilité même du monde : êtres vivants, choses forment une réalité qui n’en est pas moins précaire. Ainsi en va-t-il du passage des saisons, de l’éclat d’une lumière sur le point de s’éteindre, d’un oiseau prêt à l’envol. Le monde de la réalité qui se retrouve là par brèves touches, fournit le décor de saynètes plus suggestives qu’explicites : un homme, une femme, un coin de rue, un arbre, un oiseau. La simplicité de la vision proposée est telle qu’elle en devient surréelle et transforme quelques vers en une énigme non résolue. Ainsi, les six vers de « Nature morte » : « deux bougies éteintes/derrière une fenêtre/l’une/représente la mort/l’autre/le mort ». Le monde sensible offre un espace de rêverie méditative, et la tâche de celui qui parle ici, tout en se délestant de ses observations, n’est pas tant de rendre l’étrangeté du monde plus harmonieuse, d’en dépasser la disgrâce apparente, que de s’en étonner et de s’en libérer. « Minuit » nous dévoile ainsi : « les arbres/s’entrelacent/les jeunes mariés/s’étreignent/les mots échangés/chaque nuit/invitent/le jour/à recommencer ». La langue est alors le lieu d’une quête amoureuse dont le sens n’est peut-être pas le fin mot de l’histoire, mais le prélude à d’autres élans.
Aussi le prosaïsme de certains de ces poèmes ne contredit en rien leurs instants lyriques mais se heurtant l’un l’autre donnent lieu à la nuance et la subtilité : « entre la mer et le fleuve/une frontière houleuse/résultat :/le fleuve/s’unit à la mer ». Il y a à lire les mots de Rezâ Sâdeghpour une vraie joie telle que « Jour de fête » nous la décrit : « tu as perdu ton amour/et ta joie/et ta fierté/maintenant/tes mains sont vides/maintenant/tu peux applaudir ».

Emmanuelle Rodrigues

Le Bris lent des bouteilles, de Rezâ
Sâdeghpour
Traduit du persan et préfacé par Amin Kamranzadeh et Franck Merger, bilingue, Cheyne éditeur, 112 pages, 22

L’étonnement poétique Par Emmanuelle Rodrigues
Le Matricule des Anges n°198 , novembre 2018.
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