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Essais Lignes de conduite

mars 2019 | Le Matricule des Anges n°201 | par Thierry Cecille

Avec précision et clarté, Claude Romano explore, d’Aristote à Heidegger, chez Montaigne comme chez Rousseau, les difficultés – mais aussi la possibilité – d’être soi, pleinement.

Être soi-même : Une autre histoire de la philosophie

L’injonction publicitaire s’affiche partout et nous sermonne, comme une antienne sacrée : « Be yourself ». Un peu plus snob, elle peut se parer des attributs d’un nietzschéisme à la petite semaine et se travestir en un « Deviens ce que tu es » qui donnera aisément lieu à quelque test amusant dans un magazine. Les réseaux sociaux n’arrangent rien et la page Facebook devient pour chacun la vitrine où faire montre de notre statut / statue plus ou moins complaisamment sculptée. Claude Romano ne craint pas qu’on lui reproche de naviguer sur cette vague si fréquentée de notre Zeitgeist, au contraire il affronte à bras-le-corps la question : comment, sous quelles conditions, en se donnant quelles directions et quels guides, a-t-on tenté, depuis la Grèce antique, en Occident, d’être soi-même, de se construire une vie à soi, une personnalité propre.
Le lecteur pourrait s’effrayer du sous-titre « Une autre histoire de la philosophie » et du sommaire qui annonce un programme ambitieux, de « la négligence du magnanime » chez Aristote au « nœud de l’authenticité » chez Heidegger – mais qu’il se rassure, l’auteur va être un cicérone à la fois clair et de bonne compagnie, un vulgarisateur hors pair, un hôte en quelque sorte qui nous accueille avec générosité. Même lorsqu’il s’agit de pointer l’impasse (et les dérives politiques effrayantes qui s’ensuivirent, un véritable « suicide de la pensée ») à laquelle aboutit Heidegger quand il échafaude sa distinction entre existence authentique ou inauthentique du Dasein dans Être et temps, il y parvient avec pédagogie et subtilité et ne nous perd pas en chemin – ce qui n’est pas une mince affaire en l’occurrence.
Au terme de ce long voyage, Claude Romano peut distinguer deux grands choix possibles, oserait-on dire deux partis qui s’affrontent – et chacun pourra s’amuser à placer l’un à gauche, l’autre à droite ! D’un côté les penseurs de la maîtrise de soi, de la discipline et de la tenue, de l’ « auto-dressage » pour qui « c’est la volonté (…) qui devient l’instrument essentiel d’un façonnement actif de soi ». De l’autre, ceux qui mettent au premier plan « l’irréductibilité de notre spontanéité naturelle », ne veulent en rien céder sur ce qu’ils pensent leur être propre, ce qui en eux est véritablement leur : « ce ne peut être alors le travail ou l’effort sur soi qui conduisent à un accord intérieur, mais une forme d’insouci de soi et de négligence qui, sans nullement abolir tout souci de soi, en constitue la forme la plus haute ». Il semble que Claude Romano ait une préférence pour cette pente-là (rappelons le précepte de Gide : « suivre sa pente pourvu que ce soit en montant ») – et nous également : celle du laisser-aller non dénué d’élégance, de la sprezzatura du Courtisan de Castiglione, une sorte de nonchalance stylée.
Mais la richesse de ce fort volume dépasse bien entendu ce que cette distinction pourrait présenter de brutal ou hâtif, et c’est lorsque l’auteur détaille au plus près certaines de ces conceptions qu’il nous passionne. Ainsi parvient-il aussi bien à analyser la singularité et même le mystère des décisions prises par la Princesse de Clèves dans le roman de Madame de La Fayette que les contradictions dans lesquelles se débat, souffre mais aussi s’exprime (et avec quelle force) Rousseau, privilégiant la sincérité dont son cœur se fait le garant mais s’enfermant en même temps dans une solitude telle que plus personne ne peut entendre ses confessions. Avouerons-nous notre préférence pour les deux chapitres consacrés à Montaigne : en nos temps aussi troublés que les siens, ses paroles peuvent nous être un viatique modeste mais sûr. Oui, répétons-nous, quand le cœur ou la raison défaille, ses mots : « Il n’est rien si beau et légitime que de bien faire l’homme et dûment, ni science si ardue que de bien et naturellement savoir vivre cette vie », ou mieux encore : « Notre grand et glorieux chef-d’œuvre c’est vivre à propos ».

Thierry Cecille

Être soi-même, de Claude Romano
Folio essais (inédit), 765 pages, 15,90

Lignes de conduite Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°201 , mars 2019.
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