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Domaine étranger La prière de l’ange

mars 2019 | Le Matricule des Anges n°201 | par Eric Bonnargent

D’os et de lumière, de l’irlandais Mike mcCormack, est une bouleversante méditation sur la modernité et les valeurs qui s’y affrontent, celles d’autrefois, liées à la spiritualité et celles d’aujourd’hui, liées à l’argent.

D’os et de lumière : roman

L’originalité formelle de ce premier roman pourrait rebuter plus d’un lecteur : D’os et de lumière n’est constitué que d’une seule phrase de 350 pages. Ce tour de force pourrait faire de Mike McCormack l’héritier de James Joyce, son illustre compatriote, qui, lui, avait supprimé toute ponctuation du dernier chapitre d’Ulysse. Mais alors que ce dernier chapitre formait un monolithe compact et difficile à lire, D’os et de lumière est un texte aéré par de nombreux retours à la ligne et, passé la surprise des deux ou trois premières pages, très fluide ; le lecteur étant emporté malgré lui par le rythme étonnement maîtrisé, musical du texte. Le procédé n’a rien d’artificiel : il est parfaitement justifié pour une raison particulière impossible à dévoiler ici, une raison qui, bien qu’en réalité évidente, surprendra le lecteur dans les dernières pages. Autre procédé emprunté à Joyce : le flux de pensée.
Il est 14 heures en ce 2 novembre, jour où l’on fête les morts, lorsque les cloches se mettent à sonner et nous invitent à pénétrer dans l’esprit de Marcus Conway, la cinquantaine : « la cloche/la cloche ainsi/entendre la cloche ainsi en étant debout ici/la cloche entendue alors que je suis debout ici/l’entendre retentir à travers la lumière grise de ce/matin, de jour comme de nuit/dieu sait/ce jour gris debout ici et/écouter cette cloche en milieu de journée, la cloche du milieu de journée, l’angélus du milieu de journée, dont l’écho traverse la lumière grise jusqu’/ici/debout dans la cuisine/à entendre cette cloche/me déchirer le cœur et/attirer le monde entier/être ici/pâle et essoufflé après un long trajet pour me tenir dans cette cuisine/désorienté ». Nous sommes sur la côte d’ouest de l’Irlande, dans le comté de Mayo, une région industrielle, autrefois prospère, mais balayée par la crise économique, un comté profondément catholique : « nul autre comté ne présente une telle concentration de lieux saints, grottes, maisons de prière, ermitages, nul autre comté n’est traversé de tant de sentiers de pèlerins et autres chemins pénitentiels ».
Qui est ce Marcus dont le lecteur va suivre les pensées ? Un type normal. Un type bien. Un type de devoir. Marié depuis vingt-cinq ans à Mairead, il a deux enfants : Agnes et Darragh, et exerce le plus consciencieusement du monde sa profession d’ingénieur. Il essaie de construire aussi solidement que possible ce qu’il sait, dans ses « raisonnements apocalyptiques » et ses « délires d’effondrement », condamné à disparaître, comme tout le reste. En bon catholique, en homme ayant finalement renoncé au séminaire, il s’use à lutter contre ces hommes politiques, alliés des entrepreneurs les plus avides, qui sont prêts à renoncer à toutes les normes de sécurité pour satisfaire leur électorat. Alors, il résiste, contrairement à d’autres, notamment à ceux qui se sont occupés du système de distribution des eaux qui ont rapidement été contaminées au point de rendre malade une bonne partie de la population, dont Mairead, au chevet de laquelle Marcus a dû rester de nombreux jours, dévoué et aimant.
Les pensées de Marcus vont et viennent dans le temps. L’histoire du comté est évoquée, celle de sa famille aussi et on s’aperçoit qu’il est bien difficile d’être un homme bien, qu’on ne parvient jamais à être ni un bon mari, ni un bon fils, ni un bon père, comme si la meilleure volonté du monde était condamnée à toujours échouer. Le dévouement de Marcus à Mairhead ne serait-il pas le résultat de la culpabilité toujours prégnante de l’avoir trompée alors qu’elle attendait leur premier enfant ? Suffit-il d’entretenir le souvenir d’un père viril et fier pour oublier l’incapacité à l’aider lorsqu’à la fin de sa vie, après avoir perdu la tête, il a vécu comme un clochard dans sa propre maison ? Comment aimer malgré tout un fils baroudeur qui a rejeté le conformisme de ses parents pour parcourir, goguenard, le monde et une fille artiste qui peint avec son propre sang ? Avec ce texte bouleversant, Mike McCormack signe un grand roman sur l’émerveillement et le désabusement.

Éric Bonnargent

D’os et de lumière, de Mike McCormack
Traduit de l’anglais (Irlande) par Nicolas Richard,
Grasset, 350 pages, 20,90

La prière de l’ange Par Eric Bonnargent
Le Matricule des Anges n°201 , mars 2019.
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