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Poésie Lettres à Taranta-Babu

octobre 2019 | Le Matricule des Anges n°207 | par Thierry Cecille

Lettres à Taranta-Babu

C’est en 1935, en une sorte de poésie d’intervention, que Nâzim Hikmet écrit ce poème épique et intime à la fois, politique et sensible. Mussolini a lancé l’Italie dans l’aventure coloniale, rêvant d’un nouvel Imperium Romanum – et s’attaque à l’Éthiopie. À grand renfort de bombardements, n’hésitant pas à utiliser le gaz moutarde, il lui faudra un an pour chasser le négus Haïlé Selassié. Hikmet imagine qu’un « camarade italien » lui envoie un ensemble de lettres qu’il a trouvées dans une chambre à louer. La logeuse lui a expliqué qu’un « jeune Abyssin » avait vécu là, avant d’être « embarqué par la police lors d’une rafle ». Nous découvrons alors les treize lettres que le jeune homme a écrites pour Taranta-Babu, « vingt-cinquième fille de son père,/(sa) troisième épouse,/la prunelle de (ses) yeux, le goût de (ses) lèvres ». Pratiquant cette sorte de vers libre, avec sa typographie en escalier, qu’il emprunte à Maïakovski, Hikmet invente la langue poétique qui atteindra la perfection dans ses Paysages humains. Le lexique est simple, modeste même, tout comme la syntaxe – mais les images éclatent çà et là, les anaphores et les apostrophes rythment ce monologue . C’est qu’une énergie vitale y est à l’œuvre, celle, ici, de la colère, de l’indignation face à cette entreprise colonialiste de destruction, mais, aussi bien, de la soif de vivre et d’être heureux, dans la lutte aussi bien que dans l’amour. Ces vers, en grande partie inédits, nous pouvons en ces jours également féroces les entendre : « Que c’est beau de vivre…/Comprenant le monde comme un livre savant,/le sentant comme un chant d’amour,/s’étonnant comme un enfant (…) Et pourtant, quelle drôle d’affaire, Taranta-Babu, quelle drôle d’histoire,/(…) que cette chose indiciblement joyeuse/soit tellement dure aujourd’hui,/tellement/étroite/tellement/sanglante/tellement/ignoble… »

Thierry Cecille

Lettres à Taranta-Babu, de Nâzim Hikmet
Traduit du turc par Timour Muhidine,
Éditions Emmanuelle Collas, 92 pages, 12

Le Matricule des Anges n°207 , octobre 2019.
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