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Domaine étranger Conquis tant d’ors !

janvier 2020 | Le Matricule des Anges n°209 | par Dominique Aussenac

Dans un roman picaresque et baroque, l’écrivain catalano-mexicain Jordi Soler souffle sur des braises aztèques.

Ce prince que je fus

La Catalogne, petit pays qui se bat aujourd’hui pour son indépendance, connut dès le XIIe siècle un empire, une thalassocratie allant des Baléares jusqu’en Sardaigne. Jordi Soler, né en 1963 près de Veracruz au Mexique est prêt, lui, à l’étendre à… l’ancien Empire aztèque ! Ce ciseleur d’histoires aime les prodiges et utilise la puissance de l’imaginaire comme d’autres le TNT. Ce qui ne l’empêche pas de toujours partir de bases réelles et documentées. Fils et petit-fils de républicains exilés outre-Atlantique, il effectue à travers ses romans (six traduits en français) d’incessants allers-retours entre ses deux pays.
Au XVIe siècle, le capitaine don Juan de Grau, baron du petit village brumeux et froid de Toloriu au cœur des Pyrénées catalanes débarque à Veracruz avide d’or et de richesse. Il rentre un an plus tard avec dans ses bagages, très certainement un trésor, la princesse Xipaguazin aux allures d’héroïne de tragédie grecque et sa cour. « Une troupe d’étrangers, qui en cette année 1520 étaient arrivés d’outre-mer, avec à leur tête cette femme menue, nerveuse, qui avait les yeux égarés, fixés sur une autre latitude, sûrement sur l’empire de son père, Moctezuma II, qui était resté de l’autre côté de la mer. » Captive, violée ? Elle donnera un enfant au conquistador. Près de cinq cents ans plus tard, Kiko Grau, fils d’un entrepreneur barcelonais, plutôt porté sur les libations apprend son étrange lignage. L’occasion pour lui de pénétrer la bourgeoisie franquiste, à qui il va, flanqué de descendants aztèques métissés de gitans, vendre d’improbables et extravagants titres de noblesse inventés de toutes pièces. Entre mascarade et danse macabre, il nous invite à entrer dans la fête fasciste de Franco, ses hobereaux et reîtres en mal de paillettes, de reconnaissance. Le premier à apparaître autour de Son Altesse Impériale le Prince Federico de Grau Moctezuma, théâtralement emplumé, n’est autre que Salvador Dalí, « très élégant, en costume, cravate, chapeau et canne, immergé jusqu’à la taille dans son bassin d’eaux vertes, qui avait la forme et les replis d’une vulve  ». Ce dernier, très soucieux de sa santé, révèle aux ministres franquistes comment il surveille quotidiennement ses selles. Franco, lui, entend rétablir des liens avec l’ancienne colonie alors que le monde démocratique le met au ban des nations. Des tas de ternes séides se feront berner jusqu’au jour où l’un d’entre eux comprendra que le territoire qui lui a été vendu n’est autre qu’un bidonville mexicain.
Le narrateur, plus ou moins journaliste à la retraite, attiré dans un premier temps par la quête du trésor se voit littéralement possédé par l’histoire et la personnalité de celui qui la transmet. Longue et vertigineuse mise en abîme où le héros, le narrateur et le lecteur apparaissent sur un même plan d’égalité dans cette quête d’incongruité, de merveilleux. L’ivresse quasi permanente du héros annonce tous les possibles mais fait vaciller en permanence le récit. « Boire son premier coup et sentir qu’elle commençait à émerger du puits noir où l’avait surprise l’heure de midi, c’était tout un : elle commençait à s’élever doucement, comme un ballon…  »
Son altesse est réfugiée au Mexique avec son valet et y vit la misère. Le récitant le suit et capte ses paroles, qu’il retransmet tantôt fiévreusement, tantôt avec lassitude et exaspération. Le sordide enlace le fantastique, le mensonge, les réalités historiques, la verve, le silence, tandis que Cervantes, Camilo José Cela et Roberto Bolaño tapent le carton avec Jordi Soler. Précise, lascive, ampoulée, triviale, chargée d’Histoire, ponctuée de néologismes, l’écriture suit ces métamorphoses en utilisant différents registres de langues et de styles, nous envoûte, nous esbaudit.

Dominique Aussenac

Ce prince que je fus, de Jordi Soler
Traduit de l’espagnol (Mexique) par
Jean-Marie Saint-Lu,
La Contre Allée,
306 pages, 20

Conquis tant d’ors ! Par Dominique Aussenac
Le Matricule des Anges n°209 , janvier 2020.
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