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Poésie Descriptions sans domicile

octobre 2020 | Le Matricule des Anges n°217

Représentant de la poésie concrète et plasticien anglais, Simon Cutts livre avec Monotononie un autoportrait minimal où les mots jouent le rôle d’un transfert spéculaire.

Monotononie - Les plioirs

Monotononie ajoute un « no » énigmatique au mot monotonie, qui titre le premier livre traduit de Simon Cutts en France, écrit entre 1967 et 2010 : que dit ce « no » redoublé, venu là s’insérer à la presque toute fin du mot ? Nie-t-il la monotonie elle-même que Cutts envisageait d’abord comme le ton traduisible de ses poèmes ? À qui ce « no » dit-il donc non ? Cutts n’en précise rien. On peut cependant y entendre la volonté de noter l’instabilité du langage. Comme celle, essentielle dans les mouvements de la poésie dite concrète, de mettre en scène les problèmes de sa lisibilité, dans le choix de la mise en page ou de la typographie. L’entrecroisement entre une véritable matériologie et le sens des mots choisis, altérés souvent dans leur agencement, indique la voie minimale que Cutts approfondit à chacune de ses productions, que celle-ci soit de l’ordre du livre (souvent pauvre) ou de l’installation, comme celle de « a line/only/a word  » (photo). Mais cela n’empêche pas que les micro-poèmes de ce Monotononie soient aussi, « éventuellement  » ajoute Cutts, « la description, directement ou littéralement transcrite, de quelque chose d’apparemment arbitraire dans sa banalité  ».
On ne peut mieux dire d’une démarche sans rester aussi ouvert qu’indécis quant à ce que vise le poème, entre son éventuel corps transcrit et « l’arbitraire  » apparemment « banalité  » de la chose écrite. De là que toute chose vue, ou ressouvenue, est l’objet de la transcription dans les « plioirs  » qui ouvrent Monotononie  : « la liste/est presque/toujours infinie//de ceux à qui/ il faut des supports/pour être lus//comme si des mains/ne pouvaient pas tenir//la charnière du livre/assez ouverte/pour voir dans//la marge du pli  ». Et d’ici que l’on y apprenne à lire, le livre posé sur le plioir, ce que chaque mot évoque ainsi isolé. Les poèmes, en vis-à-vis avec leur langue originale, forment le jeu spéculaire du livre, le chiffre de la pagination de gauche s’inversant dans le jeu imaginé du miroir.
Mais ce n’est pas tout. La subtilité de Cutts ne se voit pas immédiatement, elle exige que l’on prenne le temps de scruter ce qui agit minimalement entre deux lettres, quitte à détecter tout l’imprononçable logé dans une lettre inversée à l’endroit de la coupe qui le scinde en deux. Les exemples abondent dans ce bref Monotononie dont celui-ci, « aioli  », déceptif s’il en est conduit jusqu’à sa fin : « ai ia/lo ol/li li/ia ai/ol lo/li li/ai ai/lo lo/il il  » dont la note précise : « io worthington : la fille d’un ami qui a donné à tous ses enfants des noms en deux lettres, io, cy et rx  ». La connexion arbitraire entre le poème et sa justification (extérieure) laisse pourtant libre chacun de lire comme il le veut cette liste de syllabes sonores, et d’y reconnaître aussi un premier « effort au style » (Mallarmé) dont le vers procédera peut-être. Toutefois, il faut continuer et longer les marges du livre pour voir comment cela s’agence à chaque fois comme un coup de dés minuscule, dessinant des images maigres, squelettes de descriptions plus que descriptifs narrés.
Cutts, on l’aura compris, joue ainsi avec l’acte de lire, lui répondant par des principes formels affirmés, ainsi que par un jeu de permutation entre abstraction et concrétude, absence de sujet ou évidence de celui-ci. On apprend alors à lire ce qui se distribue des usages aux maillages d’une langue : « 1//treillis &/treillage//faisant/une couverture//de feuillage//2//tréteau/&treillis// faisant/un cadre//de mailles  ». Ou encore ceci, dont les quatre vers sont tournés vers Hölderlin, comme peut-être vers les poires de Wallace Stevens, véritables « descriptions, selon son expression, sans domicile  » si nécessaire à la moitié de la vie : « avec les poires jaunes/et pleine de roses sauvages/la terre se penche/sur le lac  ». L’art de Cutts consiste à loger ainsi dans l’espace restreint de la page quelques mots discrets afin que ceux-ci résonnent comme ils le peuvent pour chacun. Ils sont des amulettes décisives, si du moins on le souhaite, ou de petits riens, comme ce temps, qu’Émilie Dickinson décrit comme ce « qui compte si peu/mon écriture/si inutile/et moi si/adroite ».

Emmanuel Laugier

Monotononie
Simon Cutts
Édition bilingue, traduit de l’anglais (anglais) par Vincent Barras
Héros-Limite, 96 pages, 14

Descriptions sans domicile
Le Matricule des Anges n°217 , octobre 2020.
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