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Domaine français Un horloger de notre temps

avril 2021 | Le Matricule des Anges n°222 | par Éric Dussert

Observateur en diable, Marcel Cohen a forgé des formes élégantes et délicates comme des montres pour dire notre monde.

Détails, II : Suite et fin

Villes : Galpa - Malestroit - Waïzata

Trois mots viennent à l’esprit lorsqu’on songe à Marcel Cohen : information, méticulosité et déplacement. On n’utilisera pas le mot « voyage » car le terme est galvaudé depuis que la niche éditoriale s’est creusée. Et puis il convient de se concentrer sur ce qui importe, le mouvement qui permet de changer le point de vue, donc le déplacement, la translation, le fait de s’extirper de sa position individuelle pour en adopter une autre – qui ne serait, du reste, pas forcément légitime si l’on quittait son poste d’observateur. Mais cette position de capteur attentif appartient justement à Marcel Cohen, ancien journaliste, qui sait ce que signifie parcourir la planète et qui a appris à observer. Son art enfin est tout de subtilité, de légers mouvements de la langue, de réglages et de digressions. Il est adepte des formes courtes puisqu’un paragraphe est capable de dire souvent plus qu’un long roman. Jules Renard, Max Aub, Isaac Babel ou Félix Fénéon nous l’ont déjà appris chacun à sa manière. On dirait pour tout dire un horloger œuvrant sur un mécanisme de montre, composant de livre en livre un tableau pointilliste que traverse « un homme » générique ou des individus porteurs d’une histoire, comme Chouquette, résistante normande décorée, quand il ne s’agit pas de listes d’objets utiles, de procédures hospitalières, de catalogues d’exposition photographiques, ou, omniprésent, ce satané monde économique qui nous révolte.
Comme l’indiquait Victor Hugo dans ses recueils de notes politiques, « le diable est dans les détails », une formule qui structure l’œuvre de Marcel Cohen, comme il le montrait encore dans ses Choses lues (La Pionnière, 2015). Dans ce petit livre à part, il poursuivait sur une autre modalité sa grande série des Faits initiée en 2002 où, les uns après les autres, des épisodes de l’histoire récente ou contemporaine nous assaillent avec leurs containers de contingences et de cruauté. Il saisit par le détail le monde, par ces « anti-événements » (Lmda N°119, janvier 2011) que forment le son des talons d’une femme ou les poèmes d’hommage à un chien nommé Sinbad qui lui évoque Ulysse, le chien de Roger Grenier, choses capitales qui n’entreront jamais telles quelles à la une d’un quotidien. « Il y a un an maintenant qu’un homme passe, dans son immeuble, pour un spécialiste de la destruction des rats et des souris. Il a beau s’en défendre, sa réputation semble établie une fois pour toutes et on fait appel à lui comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. » Il y a fort à parier que les Faits de Cohen seront comme tel journal de diariste d’autrefois un outil clair et net de compréhension de notre monde, une source primaire à la fois anthropologique et poétique.
Parallèlement à ce deuxième et ultime volume de Détails, reparaissent les trois premières livres de Cohen, occasion de bousculer un peu les évidences que l’on vient benoîtement d’énoncer. Trois livres, trois esthétiques, trois moments : Galpa (Seuil, 1969) ou un poème en prose nimbé de bouddhisme tantrique, souvenir d’un voyage dans l’Himalaya à l’âge de 20 ans ; Malestroit. Chroniques du silence (Éditeurs français réunis, 1973) ou un reportage dans une petite ville bretonne sans histoire dont il interrogea les citoyens sur des thèmes métaphysiques – résultat, le livre fut interdit de vente à Malestroit même ; et puis Voyage à Waïzata (id., 1976) qui ignorait les deux essais précédents dans un récit à la première personne. « Le sifflet d’une locomotive creva la nuit et la petite phrase de Paul me revint en mémoire, tout à fait risible désormais compte tenu de la distance considérable : “Surtout, cire bien tes souliers” » Le détail, déjà le détail.

Éric Dussert

Marcel Cohen
Détails, II. Suite et fin (Faits)
Gallimard, 237 pages, 20
Villes
Gallimard, 337 pages, 23

Un horloger de notre temps Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°222 , avril 2021.
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