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Essais Le surgissement du nommable

avril 2021 | Le Matricule des Anges n°222 | par Richard Blin

Comment écrire à propos de l’art ? Garder intacte la différence et l’équivoque de l’œuvre ? Un essai de Daniel Payot esquisse des voies d’approche.

Quand on sait l’incroyable ver- biage qui fleurit et prolifère à propos d’œuvres d’art, on ne peut que souscrire à la démarche de Daniel Payot dans Retours d’échos, un essai où il s’attache à dire comment ne pas écrire sur l’art et les artistes.
Une évidence d’abord : l’inadéquation naturelle entre la « langue privée de mots » des arts plastiques et l’ordre du discours, qui en nommant les choses tend à les enfermer dans un sens univoque, fait que disserter sur l’art tient un peu de la gageure. D’un côté il y a la légitime intention de comprendre, de s’approprier l’œuvre, et de l’autre une création qui ne se réduit pas à son idée générale, et relève de ce que Adorno appelait la « sphère de l’innommé ». Si la peinture « travaille, comme le disait Daniel Arasse, dans l’innommable », dans « l’en deçà du verbal », comment produire à son sujet un énoncé ?
En commençant, peut-être, par s’attacher au faire qui a engendré l’œuvre, en regardant « dans l’œuvre » et en s’interrogeant simultanément sur les raisons de notre propre désir de phrases. En abordant l’œuvre non comme un objet posé dans un présent immobile mais comme un être vivant, défini par sa potentielle aptitude à communiquer ; comme une chose singulière et muette mais capable, en dépit de son inaptitude au langage, d’adresser au regardeur une ou des invites. « Pourquoi nous interdirions-nous d’entendre, dans les images, des paroles qui nous parviennent depuis une source qui ne se trouve ni en nous, ni dans l’apparence des choses mais qui ruisselle depuis des lointains d’avant langage, dissimulés dans leurs traits et couleurs, derrière le visage que tendent vers nous leurs formes muettes ? » Mais encore faudrait-il, pour que s’instaure cette sorte d’« entretien tacite », que le regardeur ait gardé quelque chose de l’ordre du regard de l’infans, de celui qui ne sait pas encore parler et voit le monde dans son surgissement, là où l’adulte ne voit que le monde fait.
N’affirmant rien de façon tranchée, Daniel Payot ébauche des pistes, indique des horizons, cite, commente, développe, par brefs chapitres, ce que pourrait être une écriture non pas sur mais avec l’art. Un sentier aventureux sur lequel il ne s’engage pas seul mais en compagnie de Benjamin, Ponge, Picon, Bonnefoy, Merleau-Ponty, Levinas, Sebald ou Georges Didi-Hubermann. Chacun apporte sa pierre à l’édifice, nourrit la réflexion, pointe ce qui rend l’œuvre d’art équivoque, ce qui fait qu’elle échappe à l’investigation rationnelle, est quasi inatteignable. Parce que l’artiste peut se mettre à faire des choses dont il ne sait pas trop ce qu’elles sont mais trouve dans ce non-savoir le ressort de son désir. Parce qu’il est impossible d’évaluer l’importance de la part manquante dans une œuvre, ou celle de son inachèvement. Parce que sous ce qui s’affiche avec ostentation ou insolence, existe un « autre visible » logé dans le visible lui-même. Parce que l’efficacité d’une image naît souvent de l’entrelacs des savoirs visibles, lisibles ou invisibles.
Face à ce faisceau de dures réalités sans doute s’agit-il de ne pas vouloir tout comprendre mais d’acquiescer aux énigmes, d’opter pour une approche permettant au langage de présenter l’œuvre comme acte différentialiste absolu et toujours équivoque. Et ce, en naviguant dans l’entre-deux, en se situant dans un espace tiers qui ne soit ni exclusivement celui de l’œuvre ni exclusivement celui du scripteur. Un espace-interstice, un intervalle de part et d’autre duquel art et écriture se serviraient réciproquement et converseraient par échos et retours d’échos.

Richard Blin

Retours d’échos
Daniel Payot
L’Atelier contemporain, 216 pages, 20

Le surgissement du nommable Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°222 , avril 2021.
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