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Poésie L’Armorique dans tous ses états

juin 2022 | Le Matricule des Anges n°234 | par Richard Blin

D’une beauté violente, les poèmes d’Henri Droguet enchantent par leur aventureux désordre et leur fruité d’inconfort tonique.

Toutes affaires cessantes

Diablement vivifiante et ivre de vent, la poésie d’Henri Droguet. Hérétique et quelque peu sauvage aussi. Ça secoue, ça se déploie, ça rape et ça rit, ça se rattrape comme le funambule sur son fil. Faite de chutes et d’élans, elle obéit à la logique de l’instant et aux diktats de la météorologie. C’est vif et intense, dense et subtil avec un sens certain de l’incommensurable. Elle est faite de libres errances dans le grand dehors, celui des éléments premiers de l’espace armoricain, de la réalité primordiale de l’air, du vent, des vagues, du roc, de toutes ces choses de la terre qui sont ici perçues non comme des objets, mais comme des présences. Des choses vieilles comme le monde, et qui n’ont pas d’états d’âme comme « les tripières célestes coliques » du ciel, « le glouglou d’un ruisseau tortu / qui vagabonde dans la pâleur lointaine », le « tison azur et vermillon de l’aurore » ou le vent qui vire à la bourrasque, « roule ses muscles d’air / rabâche, mâche et bâcle / un fagot un chignon bourru / de nuages chanvre et filandre / décampants porte-songes / à la valdingue à la valdrague ».
Une poésie où l’identité personnelle se perd, disparaît car il faut se débarrasser de soi pour être sensible à un lieu, à un paysage, au temps qu’il y fait, à la lumière qui l’habite. Pour le saisir, cet endroit, dans son essence, partager un peu de son inexprimé flottant et en sentir les énergies en mouvement. Pour donner voix enfin à l’écart qu’il y a entre la réalité et le réel, entre ce que l’on ressent et le sentiment d’entrer en contact avec une autre vérité, qui nous déborde et nous dépasse. Un écart que Rimbaud traduisait en disant que « nous ne sommes pas au monde ».
Pour y parvenir, Henri Droguet a dû élaborer une langue, lui inventer une allure entre le déglinguement et l’effervescence. Une langue à la syntaxe soigneusement disloquée mue par un rythme singulier fait de bonds et de rampements, de repliements et de tâtonnements. Une langue qui mixe tous les registres – argot, patois, mots inventés, mots familiers, mots rares ou spécialisés (flore, ornithologie, météorologie) –, évacue toute ponctuation, use du spasme et de l’intermittence, joue de la dialectique du lié et du délié. D’où un tohu-bohu verbal terriblement tonique, tout en chocs de tonalités, oxymores violents et halos de sauvagerie. Des poèmes dont l’aventureux désordre défigure pour mieux faire apparaître un monde inouï, le chaos discontinu d’un univers sensible où ça danse et ça vibre au-delà des classifications et des mesures.
Cette écriture, qui relève d’une forme d’égarement, qui ne cesse de reprendre, de redire, de faire retour pour mieux aller de l’avant, semble obéir à une logique érotique et erratique, celle de l’énergie d’Éros lorsque, aberrante, errante et réprimée, elle jaillit soudain et vient telle un vent violent, bouleverser l’ordre objectif des choses. Une écriture jouissive qui se fait complice de « cela qui est éperdument existe » et à quoi il donne une présence accrue, une existence augmentée mais souvent humanisée par la présence régulière d’un anonyme – badaud, rôdeur, rêvasseur ou enfant vagabond – qui passe : « silhouette piètre et sauvage / en marche au hasard le piéton / l’inévitable fétu ténu menu / seul et perdu sitôt qu’incarné / s’empêtre et déjà s’éloigne / nulle part ailleurs ».
Alors, si vous avez le sens de l’espace, l’amour des forces nues de la nature et de ces petites apocalypses tranquilles qui injectent un peu d’infini au cœur de notre finitude, n’hésitez pas, lisez toutes affaires cessantes.

Richard Blin

Toutes affaires cessantes
Henri Droguet
Gallimard, 88 pages, 12

L’Armorique dans tous ses états Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°234 , juin 2022.
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