La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
ZA Loup à Loup 83570 Cotignac
tel ‭04 94 80 99 64‬
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Théâtre Vaincre l’impossible dialogue

octobre 2024 | Le Matricule des Anges n°257 | par Patrick Gay Bellile

En démontant point par point les mécanismes du conflit qui embrasa la crèche Baby Loup, François Hien plaide pour la voie de l’apaisement.

La Crèche. Mécanique d’un conflit

1991 : ouverture, à Chanteloup-les-Vignes, de la crèche Baby Loup, crèche associative créée par un collectif de femmes et qui se donne comme objectif de former et d’embaucher des femmes du quartier. 2002 : Baby Loup devient la première et la seule crèche ouverte 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, pour répondre aux besoins des parents travaillant en horaires décalés. 2003 : début de l’affaire Baby Loup. Une éducatrice musulmane travaillant à la crèche, et également directrice adjointe, refuse d’enlever son voile à la demande de la directrice. De nombreuses discussions s’ensuivent, chacune faisant valoir ses arguments : « Moi je veux bien travailler ici. (…) Mais je ne veux plus retirer mon voile. (…) Aujourd’hui j’ai une pratique qui engage tout mon être. Le voile symbolise ça. » « Oui d’accord, mais ça, tu sais que c’est le règlement, je ne vais pas le changer. (…) Tu fais le choix de mettre le voile, personne ne t’oblige. » Finalement, l’éducatrice est licenciée pour faute grave. C’est ce conflit, mené de part et d’autre au nom de la laïcité, que François Hien transporte au théâtre. En plusieurs temps. Une première version voit le jour en 2016, après un long travail d’enquête et des rencontres avec les diverses parties prenantes. Passent les années, la pièce est montée, part en tournée, arrive le confinement dû au Covid. Les choses semblent devoir en rester là. Et puis en 2023, François Hien réécrit complètement La Crèche, et c’est ce texte que les éditions Théâtrales nous proposent aujourd’hui. Un texte, qui bien que basé sur des faits réels immédiatement identifiables, ne relève pas du théâtre documentaire. Car à partir de cette réalité, François Hien construit une fiction, « librement adaptée ».
Nous sommes maintenant à Puits-Hamelin, au cœur de la crèche Bicarelle. Et nous suivons le parcours de deux femmes entrées en conflit pour des raisons à la fois idéologiques, le port ou non d’un voile islamique, et personnelles, elles sont en concurrence professionnelle. Autour d’elles gravitent une kyrielle de personnages qui ont fait de cette histoire ce qu’elle est devenue : les parents des bébés, les salariées de la crèche, les habitants du quartier, les avocats, les élus, les journalistes. Jusqu’au petit Abel, qui reste souvent dormir à la crèche parce que sa maman ne vient pas toujours le chercher. François Hien ne prend pas parti. Mais il démonte avec brio le mécanisme qui conduit chacune et chacun à s’engager, les avocats à pousser les arguments, quitte parfois à en faire un peu trop et les médias puis les politiques à s’en mêler sur fond de montée de l’islamisme, de permanence du racisme et de débats sur la laïcité. Tout est juste, tout est à sa place. Les dialogues mettent en évidence l’absurdité et en même temps la violence du combat qui oppose ces deux femmes, d’autant plus qu’elles ont ensemble réalisé ce formidable projet de crèche, surmontant les obstacles, convainquant les élus, trouvant les financements. Et l’on voit cette affaire prendre de l’ampleur, séparant deux camps qui revendiquent au fond les mêmes choses : la liberté de la femme, la laïcité, le droit de pratiquer ou non une religion.
Mais derrière les mots se cachent des vérités bien différentes. Et les propos tenus dépassent la simple question du voile : « De toute façon, c’est jamais facile d’être musulmane, dans aucun travail. » « Le voile n’est pas un symbole de domination, mais de désaliénation ! Il est notre manière de dire : ce monde que vous avez conçu, nous n’en voulons pas. » L’affaire est instrumentalisée par les uns, par les autres, et finalement, après un long parcours judiciaire, raison est donnée à la crèche.
Jamais la pièce ne se contente du déroulé des faits. Elle multiplie les points de vue et donne la parole à tous les personnages saisis dans leur quotidien. Avec leurs problèmes personnels et leurs difficultés parfois à se situer dans l’un ou l’autre camp. L’écriture, d’une très grande clarté, évite les poncifs et au moyen de très courtes scènes, de dialogues croisés, met en scène une complexité que finalement seule la parole peut tenter d’éclairer. Et à la fin, le jour de fermeture de la crèche, le personnel et les enfants présentent un spectacle : « Le joueur de flûte ». « On ne sait pas si c’est un méchant, le joueur de flûte, ou un gentil, s’il vous entraîne vers la mort ou le bonheur. »

Patrick Gay-Bellile

La Crèche. Mécanique d’un conflit,
de François Hien
Éditions Théâtrales, 132 pages, 16

Vaincre l’impossible dialogue Par Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°257 , octobre 2024.
LMDA papier n°257
7,30  / 8,30  (hors France)
LMDA PDF n°257
4,50