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Dossier Jacques Réda
Un lyrisme désenchanteur autant qu’émerveillé

novembre 2024 | Le Matricule des Anges n°258 | par Richard Blin

Amoureux du jazz, vagabond sédentaire, écrivain de l’attention passionnée et infatigable routier du vers, Jacques Réda (1929-2024) voyait dans la poésie une parole dansante qui palpite et s’efface.

Poète atypique, jazz-poet aurait dit Jack Kerouac, et écrivain métaphysique – en ce sens que ni le temps ni l’espace, ni la langue ni la vie, et encore moins sa propre identité ne lui apparaissaient comme allant de soi –, Jacques Réda est l’auteur d’une œuvre considérable : plus de 90 titres en soixante-douze ans de carrière. Mais, paradoxalement, tous ses livres n’en forment qu’un, vivant, lumineux sur fond d’ombre, et comme porté par la musique d’une langue dansante. Et si l’on a cette impression d’un seul livre fait de dizaines d’autres, c’est qu’il n’a jamais écrit que ce qu’il avait envie d’écrire, avec le toujours même étonnement d’être et la toujours même sensation de voir les choses pour la première fois. Pourquoi écrire ? Par jeu, disait-il, histoire de préserver et même de prolonger ce que l’enfance peut avoir de ludique.
Une enfance qu’il a passée à Lunéville, en Lorraine, où il est né en 1929, dans une famille d’un côté bourguignonne, de l’autre piémontaise, avec un grand-père fabricant de bicyclettes, et un père qui, après un temps dans l’armée, fonda un garage de réparation de deux-roues. Après la guerre, changement de décor : la famille s’installe dans la région parisienne près d’une petite usine de cacao. Après le lycée, Jacques commence des études de droit, à Paris, où il s’installera en 1953 sans terminer lesdites études. C’est que l’essentiel de son temps, il le passe à imiter les poètes qu’il aime, de la Chanson de Roland au Bateau ivre, et d’Éluard à Saint-John Perse. Et ce, parallèlement à différents métiers comme magasinier chez Seghers, et tout en déroulant des « chapelets de vers » plus personnels dont certains célébraient les martyrs du Parti communiste et le triomphe de la glorieuse Armée rouge.
Ses débuts – semi-officiels, puisque Réda n’a jamais envisagé leur réédition –, il les fait avec la publication, entre 1952 et 1955, de quatre titres : Les Inconvénients du métier (des proses) ; All Stars (des poèmes célébrant des musiciens de jazz, musique qu’il a découverte, à la radio, en 1944) ; Cendres chaudes et Laboureur du silence, deux ensembles de poèmes. Il faudra attendre 1968 pour voir naître officiellement l’œuvre poétique avec la parution d’Amen, un titre lourd de sens. En choisissant ce mot qui indique ordinairement la conclusion d’une prière, il annonce son consentement résigné à ce qui est ainsi et pas autrement. Un recueil dont la pièce inaugurale s’intitule « Mort d’un poète », et dont la tonalité générale est profondément imprégnée de mélancolie. « Lourds édredons de suie et plumes de souvenirs : / Ce fut le monde. Il ne reste rien que la pointe / Des plus hautes branches crevant la couche de brouillard / Où la marche m’endort, et la pointe des grilles / Entourant les jardins pleins de monstres paisibles, / Et la pointe de vos talons, passantes dangereuses, / Marquant le temps désaccordé, le temps qui fut. » Un livre à mille lieux de la modernité d’alors faite de formalisme froid, de...

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