Archi-classique de l’écologie, Rachel Carson (1907-1964) a été avec son livre Printemps silencieux la plus précieuse des lanceuses d’alerte. Publié en 1962 c’est ce livre qui a permis l’élaboration d’un mouvement écologique remarquable. Elle y racontait par le menu comment la faune, et en particulier les oiseaux pâtissaient gravement des produits « phytosanitaires » (euphémisme pour dire dangereusement cancérigènes) utilisés par l’agriculture intensive. Elle se mourait alors elle-même d’un cancer au moment de la publication du livre. Si l’écologue marine avait pu alors mobiliser les esprits avec Printemps silencieux, c’est qu’elle avait acquis une notoriété croissante avec une trilogie maritime entamée en 1941, époque où le nature writing faisait florès aux USA, après les précurseurs (Seton, Williamson, etc.) et l’invention en France, par Jacques Delamain (Pourquoi les oiseaux chantent, 1928) de la collection « Les Livres de nature » (Stock, Delamain & Boutelleau). Margaret Atwood, préfacière de la réédition du présent volume, le déclare sans ambages : « Nous autres humains avons une dette immense à son égard, et si notre espèce parvient au XXIIe siècle, ce sera en partie grâce à elle. » Sous le vent de la mer, premier volume de la trilogie, était consacré à la description des us et habitats de trois animaux emblématiques : une anguille, un sanderling (bécasseau) et une mouette. Le tout sur un ton lyrique mais simple, vivant et gentiment anthropomorphique. « Par habitude et curiosité, l’anguille enfonça son museau dans la litière de feuilles sous le tronc d’arbre, ajoutant à la terreur des grenouilles, mais ne les agressa pas comme l’aurait fait dans l’étang, car son appétit était dilué dans l’instinct plus puissant qui faisait d’elle un élément de la rivière en mouvement. » La logique pédagogique de la militante Rachel Carson justifie que l’on lise à nouveau ses récits délicieux comme les pans même de l’œuvre du monde.
Éric Dussert
Sous le vent de la mer, de Rachel Carson, traduit de l’anglais par Pierre de Lanux (révision par Clément Amézieux), préface de Margaret Atwood, postface d’Anne Simon, Wildproject, 244 pages, 20 €
Domaine étranger Prémices de l’écologie
janvier 2025 | Le Matricule des Anges n°259
| par
Éric Dussert
Un livre
Prémices de l’écologie
Par
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Le Matricule des Anges n°259
, janvier 2025.

