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Poésie Vie et mort de la lumière

janvier 2025 | Le Matricule des Anges n°259 | par Chloé Brendlé

La nouvelle livraison de la collection « Fléchette » contient deux beaux livres de poésie de Laura Vazquez et de Christophe Manon, l’un sur la naissance, l’autre sur la disparition. Chronique croisée.

Graine lumière cuire

En apparence, pas grand-chose ne réunit Graine lumière cuire et Tout disparaîtra. Dans le premier, Laura Vazquez s’inspire d’une photographie légendée « Syrie, Région de Mzérib, Terre rouge de la Noukra », datée de 1921 : dans le second, Christophe Manon écrit à partir d’« Italie, Vicence, Portrait d’Italienne », photographie de 1918. Soit un paysage de pierre contre un portrait. Les deux pourtant sont des poèmes, le premier, pour le dire vite, consacré au cycle des céréales, le second au souvenir d’une femme aimée, tous deux marqués, photographie oblige, par la lumière. Saisir quelque chose de ce qui a eu lieu, dans la clarté d’une journée ou d’une saison. Comme en une trajectoire inverse, ou complémentaire, le visage de la femme appuyée contre la fontaine est promis à l’effacement ; la terre intemporelle quant à elle recèle ses graines, appelées à mûrir, pour certaines à cuire, à mourir aussi.
Avec ces deux textes, la poésie entre dans la collection « Fléchette », née en 2022, douze livres au compteur et dont il faut rappeler le principe : l’éditrice des éditions sun/sun, Céline Pévrier, et le directeur de la collection, Adrien Genoudet, proposent à des auteurs reconnus (Marie-Hélène Lafon, Maylis de Kerangal, Patrick Boucheron…) et moins connus (Marcelline Delbecq, Amélie Lucas-Gary) de composer un texte court à partir d’une photographie, ou plus précisément d’un autochrome, puisé dans le fonds Albert-Kahn. Ce philanthrope missionna des opérateurs dans une cinquantaine de pays d’Afrique, d’Europe ou d’Asie pour prendre des vues qui constitueraient les « Archives de la planète », dans le premier tiers du XXe siècle. Ces photographies « passées » transmettent plus ou moins d’exotisme. Sous la plume d’écrivains actuels, elles servent de déclencheur à la fiction, l’enquête, le témoignage ou la rêverie, avec plus ou moins de bonheur.
Si Tout disparaîtra et Graine lumière cuire nous touchent, c’est par l’atemporalité d’une histoire tantôt intime (un couple), tantôt collective (la création du pain) et sa forme sensible. Christophe Manon, qui publie chez Héros-Limite, Verdier ou Nous, invente ici un chant d’amour vibrant, au lyrisme sobre. Cela commence par la jouissance partagée (« oh dit-elle dit-il oh »), le tressage ensuite du tu et du je d’apparence indissociables, puis vient leur fragmentation et la dégradation du temps : le passé surgit, la voix du poème s’adresse à une disparue. C’est à la fois le destin de l’amour et de la photographie, cette capture manquée de l’instant : « vois la lumière la lumière / et l’air qui tremble au-dessus / c’est ainsi c’est ainsi oh / vivre mourir est une grâce ». Émouvante sont la façon dont l’auteur fait trembler le texte, les mots et les soupirs des amants en écho, et la manière qu’il a de jouer avec les clichés ou les paroles d’amour communes, comme dans ce passage où la mort vient emporter la chanson : « il y a longtemps bien / longtemps que je t’ / jamais je ne t’ ».
Quant à Laura Vazquez, c’est sous le signe de l’épopée et du traité poétique agricole qu’elle place son Lumière graine cuire. Elle cite ainsi à la fois Le conte du Graal de Chrétien de Troyes et Les Géorgiques de Virgile, mais aussi Pline l’Ancien et son Histoire naturelle. Dans la lignée du Livre du large et du long (éditions du Sous-sol, 2023) qui lui a valu la reconnaissance, l’écrivaine compose ici une sorte de geste primitive, mélange d’abstraction et de grande sensualité, d’Histoire et d’attention à la matière. Son texte tient à la fois de l’épreuve physique, concrète, et d’une forme de prière : « voici la terre sur une image / voici la terre / moi aussi je suis tombée dans un corps / voici le pain ».

Chloé Brendlé

Graine lumière cuire, de Laura Vazquez
et Tout disparaîtra, de Christophe Manon
sun/sun, « Fléchette », 78 p. et 57 p., 18

Vie et mort de la lumière Par Chloé Brendlé
Le Matricule des Anges n°259 , janvier 2025.
LMDA papier n°259
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LMDA PDF n°259
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