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Domaine étranger Ici, l’ombre

janvier 2025 | Le Matricule des Anges n°259 | par Thierry Guinhut

L’irruption du fantastique le plus fou dans l’univers réaliste londonien, par Alan Moore.

Nous connaissions le scénariste brillant de bandes dessinées – ou romans graphiques si l’on veut – Alan Moore (né en 1953). Il s’illustra en publiant V pour vendetta, dystopie antifasciste, Watchmen, écornant le mythe des superhéros de comics, La Ligue des gentlemen extraordinaires, qui relève d’une collusion entre l’univers victorien et le steampunk. Mais aussi en peaufinant l’érotisme torride et troublant de Filles perdues, dont il épousa la dessinatrice, Melinda Gebbie. Son monstrueux roman, Jérusalem (Inculte, 2017), faisait de Northampton un double biaisé de la ville sainte, agglomérant plusieurs temporalités. Aujourd’hui, il s’agit de nouveau d’une ville, Londres en l’occurrence, celle d’un triste après-guerre, encore à demi ruinée, appauvrie, en 1949, mais sous laquelle se cache « Le Grand Quand » du titre, premier tome de la saga Long London.
Le topos du livre imaginaire – pensons à Borges et au Necronomicon de Lovecraft – a encore frappé. Grand échalas inexpérimenté, aux « puériles ambitions littéraires », Dennis n’est que le pleutre commis d’une librairie d’occasion, brimé par son affreuse tenancière et logeuse, Ada Brenson. Lorsqu’elle lui confie la mission d’aller acheter un lot de livres d’Arthur Machen, cet écrivain fantastique gallois, il revient avec des volumes très rares. Mais également un opus surnuméraire qui n’existe que dans la fiction de ce dernier : « Une Promenade dans Londres. Méditations dans les rues de la métropole », d’un certain Thomas Hampole. Et voilà que l’encombrant objet suscite l’inquiétude, la terreur, tant il est capable de projeter d’un coup, au coin d’une rue, par une « brèche », notre malheureux Dennis dans un infra-monde, dont le désordre affolant et proprement surréaliste se voit décrit en italiques, entre « porte-jarretelles tarentules » et « phallus de marbre blanc (…) télescope trop grand et compliqué pour l’œil humain, comme si l’immense érection avait éjaculé une nouvelle astronomie »
N’en doutons pas, ce livre, qu’il faut à tout prix restituer l’on ne sait où ni comment, est l’occasion de rivalités hargneuses et de crimes sordides. Jack Spot, roi de la pègre « qui manœuvrait tous les leviers sanglants et tous les rouages mortels du crime à Londres », poursuit de sa vindicte notre piètre et cependant attachant héros, jusque chez Grace, la jeune prostituée qui l’a recueilli. L’on croise Monolulu, prince honolulien aux pronostics hippiques échevelés, mais aussi un journaliste ami de Dennis. Il ne reste plus qu’à comprendre et contenir « sa conception du monde réel comme un simple rideau protecteur, un tissu dépenaillé, usé par endroits, qu’on avait tiré sur un monde plus substantiel ». C’est à la fois un double platonicien, « la Théoria (…) l’essence divine d’une chose », et son envers maléfique : « la Beauté des Emeutes ». Il faudra bien des péripéties, des angoisses pour que Dennis se dépêtre d’un tel roncier. Il faudra rencontrer les œuvres de l’artiste nommé Spare pour comprendre que l’imaginaire est « plus vrai que nous », que « Le Grand Quand » s’est « élaboré au cours des siècles à partir des rêves de Londres »
Malgré un prologue filandreux, l’action et l’écriture aux richesses stylistiques coruscantes se conjuguent en une progression romanesque époustouflante. Le réalisme se fendille lorsque le livre fictionnel fait son apparition, puis éclate sous la fureur du fantastique lorsqu’une ville parallèle exerce sa délirante puissance. En cet opus d’aventure et d’initiation, les ressorts du roman-feuilleton – suspense, renversement de situation, menaces criminelles – sont utilisés dans une entraînante narration, non sans un sens de la parodie bienvenu. Ainsi faut-il ajouter Le Grand Quand et son « effarante psyché » aux fleurons de la créativité impressionnante d’Alan Moore. Thierry Guinhut

Le Grand Quand, d’Alan Moore
Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne)
par Claro, Bragelonne, 384 pages, 25

Ici, l’ombre Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°259 , janvier 2025.
LMDA papier n°259
7,30  / 8,30  (hors France)
LMDA PDF n°259
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