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Essais En urgence

mars 2025 | Le Matricule des Anges n°261 | par Thierry Cecille

Face aux périls nombreux, l’Autrichien Robert Menasse nous offre une réflexion salutaire en faveur d’une « Europe souveraine et démocratique ».

Le Monde de demain

Naguère, dans ses romans sarcastiques – La Capitale (voir Lmda N°199) ou L’Élargissement –, Robert Menasse se livrait à une satire à la fois cruelle et réjouissante des arcanes de la Commission européenne et de ses fonctionnaires. Projets farfelus ou inaboutis, brainstorming et process interminables, rivalités et chausse-trappes : il décrivait avec une ironie voltairienne ce pouvoir souvent impuissant qui pourtant régente toujours davantage notre quotidien. Sans doute le sourire et la plaisanterie ne sont-ils, aujourd’hui, plus de mise car Bruxelles, désormais, pour tous ses « ennemis », « c’est le nom d’une menace ». Il s’engage donc cette fois, avec rigueur et conviction, pour prendre la défense de l’Europe, dans cette collection dédiée, chez Verdier, à des « textes d’intervention ».
Remontant le fil de l’Histoire, Robert Menasse commence par rappeler que dès le XVIIIe siècle d’aucuns rêvèrent d’un « système social créateur de paix » et qu’il y eut sur ce sujet « un ensemble d’utopies ». La monstrueuse hécatombe que fut la Seconde Guerre mondiale transforma le rêve en une construction progressive : alors « les nations européennes sont entrées de manière consciente (!) et planifiée (!!) dans un processus postnational (!!!)  ». Mais aujourd’hui se dressent face à l’Europe à la fois la mondialisation et le regain du nationalisme, souvent haineux, xénophobe voire raciste – l’Autriche en fit l’expérience avant la Hongrie ou l’Italie… Alors que la mondialisation éveille la crainte d’une perte de souveraineté, ceux qui choisissent la nation comme un refuge s’illusionnent dangereusement et ignorent les leçons du passé. Chez eux « angoisse et colère sont intriquées » et si « avoir une patrie est un droit de l’homme, que ce soit la nation qui le garantisse est une fiction ». Menasse prévient – ou prédit : « Un retour dans ce qui n’a jamais existé n’est pas un avenir. Le nationalisme n’a pas d’avenir. Mais il peut le détruire provisoirement ».
Le péril est réel et ce que prône Menasse est clair : il faut poursuivre la construction européenne, l’approfondir, la réinventer pour s’acheminer vers un « monde de demain » vivable. Dans de fort belles pages, il fait une sorte de pas de côté pour proposer un éloge de la tentative que fut l’Empire austro-hongrois et rappelle le bel essai – Un Occident kidnappé – que Kundera consacra à cette Mitteleuropa où l’on peut déceler une sorte de préfiguration de l’Europe. Menasse se présente alors lui-même ainsi, avec humour ou autodérision : « Je serais plutôt un nostalgique des Habsbourg plongé dans la lecture de Joseph Roth ».
Il combat surtout un certain nombre de concepts, mensongers ou illusoires, qui peuvent expliquer pourquoi la construction européenne est, non pas seulement en pause, mais véritablement en panne. La subsidiarité, ainsi, n’est qu’un autre nom, « plus élégant », de la « renationalisation » de certains pouvoirs et prérogatives. « L’harmonisation » – fiscale par exemple – est une sorte de malhonnête antiphrase qui dissimule exactement le contraire, chaque pays tirant la couverture à soi pour attirer entreprises et investisseurs. Se gargariser de futurs États-Unis d’Europe est une erreur éhontée et dangereuse car « l’Union européenne est (…) l’exact contraire des États-Unis ». Il faut donc, en s’appuyant sans désemparer sur ce que l’Union garantit déjà, aller plus loin, enfin donner le pouvoir à un « dèmos au sein d’une démocratie européenne commune, d’un ensemble juridique commun et fondé sur les droits humains, dans des conditions générales identiques et avec des possibilités pour tous ceux qui vivent en Europe et qui tentent d’y trouver leur bonheur ».

Thierry Cecille

Le Monde de demain, de Robert Menasse
Traduit de l’allemand par Olivier
Mannoni, Verdier, 223 pages, 12,50

En urgence Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°261 , mars 2025.
LMDA PDF n°261
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LMDA papier n°261
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