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Poches Les sandales de la rédemption

mars 2025 | Le Matricule des Anges n°261 | par Jérôme Delclos

Le roman de Davide Longo réunit tous les ingrédients d’un très bon polar italien. L’humour est inclus dans le service.

L' Affaire Bramard

Dans le « Manuel d’écriture criminelle » Polar : mode d’emploi (Encrage, 1997), Lester Dent, membre des Mystery Writers of America (un syndicat d’écrivains de polars), recommandait aux auteurs débutants de doter leur personnage d’un détail récurrent. Exemple, écrit Dent, « Fade » mange des pommes dès l’incipit. « Fade continuera à grignoter des pommes tout au long du récit.  » Davide Longo, lui, équipe « Corso Bramard » de vieilles sandales, selon la saison avec ou sans chaussettes. « Corso se massa la cheville. Ses pieds osseux étaient parcourus de grosses veines saillantes. Le cuir de ses sandales avait l’aspect de viande séchée. »
C’est bien plus qu’une ficelle. Bramard, ex-commissaire reconverti mollement en prof de lycée, porte ces sandales depuis l’assassinat de sa femme et sa fille par le tueur en série qu’il traquait. C’était il y a vingt ans, Bramard, brisé par le drame, avait alors démissionné de la police. Tombé dans l’alcool, la dépression, il en émerge à peine au début de L’Affaire Bramard ou mieux d’Il caso Bramard : certes « l’affaire » qui l’a détruit et qu’il va reprendre sans sa carte de flic, mais aussi « le cas » qu’il est devenu, hanté par son échec, son sentiment de culpabilité, son refus de se pardonner.
N’en disons pas plus sur cette histoire de vengeance et de rédemption, riche en rebondissements et nourrie de personnages secondaires pittoresques, Arcadipane l’ancien subalterne monté en grade, une mère supérieure de couvent très crédible, Madame Gina la maquerelle en sympathique indic, et surtout Isa, jeune flic placardisée qui seconde le héros dans son enquête. Jolie mais « lesbienne » (discrète mais perceptible, la déception chez notre veuf), une « gamine au langage ordurier », prompte à casser le nez de ses bourrins de collègues trop entreprenants.
Parlons plutôt des qualités littéraires du roman. Pour son décor – entre les montagnes du Piémont où depuis quinze ans Corso s’est retiré, et le Turin de son passé à vif – l’auteur plante un paysage, une odeur, une impression par fines touches du pinceau stylistique. Partie de chasse : « Le sanglier les fixa un instant avant de s’effondrer, dans un bruit de matelas balancé du premier étage ». Ou en ville au commissariat, Arcadipane tendant une oreille blasée « aux voix familières de ses subordonnés, à leur grogne » : « (…) pas mal de balourdise, de sueur, de verve ; quelques diplômes, une dose endémique de corruption ; paperasse, hormones, ovulations, dettes, holsters, armes, procès-verbaux, addiction au jeu et, malgré tout, encore une ou deux illusions, fanées mais tenaces ». Il y a aussi les dialogues, sans une once de gras. Témoin celui, évidemment dans une voiture, entre la jeune inspectrice hyper-connectée et Bramard à qui il manque quelques mises à jour. « Corso sortit son téléphone de sa poche./ – Seigneur, dit la fille. Qu’est-ce que tu fous avec ce truc ?/ – Pas grand-chose./ – Range ça, tu vas choper le tétanos. » Quant à l’ambiance du lycée, elle ravira les connaisseurs, ainsi de l’annonce du départ à la retraite d’une prof : « Ses collègues lui organiseraient une fête et lui remettraient un cadeau qui prouverait à quel point ils la connaissaient mal, ce pour quoi elle les remercierait sincèrement ».
À un moment, Corso chez lui se perd dans la contemplation d’un papillon « en lutte acharnée contre la vitre » (tout un symbole), et qu’il va s’employer à sauver. « Immobile, le papillon se reposait peut-être avant une prochaine tentative. Beauté et impuissance respiraient en lui côte à côte, incapables de se souiller ou de s’élever l’une l’autre. » Le genre de passages qui font s’envoler haut un petit polar. Mais… et l’intrigue ? On s’en fout un peu.

Jérôme Delclos

L’Affaire Bramard, de Davide Longo
Traduit de l’italien par Marianne
Faurobert, Points, 285 pages, 8,95

Les sandales de la rédemption Par Jérôme Delclos
Le Matricule des Anges n°261 , mars 2025.
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