Les villes sont des ventres, des matrices qui enfantent des souvenirs, des nostalgies. Parfois, on n’y naît pas. Mais, c’est tout comme. Daniel Saldaña Paris naquit ainsi en 1984 à Mexico. Pourtant Cuernavaca, dans l’État de Morelos, à quatre-vingts bornes de la capitale enlace toujours son enfance, son adolescence, ses premiers pas d’adulte. Un jour, il l’a quittée et tel Ulysse a accosté d’autres lieux, l’Europe, Madrid, le Canada. Et puis est revenu plein d’orages et de déraison. Il n’a pas reconnu sa ville. Ni la nouvelle, ni l’ancienne ! Les villes sont des livres, souvent, aux pages arrachées. Alors, on les réécrit. Tels des autodafés, les villes brûlent aussi ou sont entourées de flammes. C’est ce qui arrive à Cuauhnáhuac, le « lieu près des arbres », que les conquistadors ont transformé en Corne de vache, contribuant ainsi à bouleverser biotope, environnement.
Natalia prépare un spectacle chorégraphique. Est-ce lui qui engendre une chorémanie, danse de Saint-Guy qui s’empare des habitants ? Erre, lui, ne maîtrise plus son corps secoué par les spasmes d’une pathologie non encore reconnue. Parti de la ville, marié, a tout perdu, puis est revenu. Lapin vivote de petits trafics, attaché au corps de son père aveugle. Tous les trois se retrouvent, mais ne s’y retrouvent pas.
Saldaña Paris, critique d’art, poète, auteur de trois recueils, romancier (cinq romans dont trois traduits chez Métailié), rédacteur du journal Periódico de poesía, met ici corps, vies, ville par-dessus tête. D’une écriture vive, bourrée d’images singulières, souvent lysergiques, extrêmement créatives, il nous offre sur un plateau d’argent sa nostalgie, tout entourée de feux follets, de cœurs sanglants, de mouvements désordonnés en une sorte de dépression de la quarantaine. Quelle apocalypse ! Quel talent ! Quelle épiphanie !
« Un gamin de sept ou huit ans, dans un vieux tee-shirt délavé de la défunte équipe de foot des Colibris de Cuernavaca, regarde paralysé le ciel au milieu de la foule, comme espérant un miracle, et le miracle apparaît sous la forme d’un bus venant en sens contraire qui l’efface d’un coup. »
D’où vient ce roman, La Danse et l’incendie ?
De plusieurs images. Une saison d’incendies, autour de la ville de Cuernavaca en 2019, la qualité de l’air étant très mauvaise. De plus, j’étais intéressé par l’écriture d’un « retour à la maison », l’idée selon laquelle il est impossible, parce que nous sommes toujours une personne différente à notre retour, que la ville et les amis ont également changé. Enfin, j’avais envie d’écrire sur ces amitiés adolescentes qui marquent profondément nos vies et qui constituent une sorte de « seconde famille ». Au fur et à mesure que j’écrivais, de nombreuses questions m’amenaient à vouloir écrire ces amitiés traversées de désir et d’ambiguïté.
Comment l’avez-vous construit ?
À partir de trois monologues, trois voix narratives à la première personne. Mon modèle est celui...
Entretiens Corne au cœur
mars 2025 | Le Matricule des Anges n°261
| par
Dominique Aussenac
Jouer à cache-cache avec une ville, un passé, le Mexicain Daniel Saldaña Paris le fait ici, tout en dansant. Grave, incongru et brillant.
Un auteur
Un livre


