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Domaine étranger Islande de Jim Krusoe

avril 2025 | Le Matricule des Anges n°262 | par Yann Fastier

Si un roman défia jamais la synthèse, c’est bien celui-là. Visitant en vue d’une greffe éventuelle une sorte de banque d’organes où les viscères, pêle-mêle, s’ébattent en toute liberté dans une vaste piscine, le narrateur tombe illico amoureux de leur jeune et dévouée gardienne et n’aura de cesse de la retrouver, malgré les nombreuses bifurcations d’un récit délibérément à côté de ses pompes. Car s’il n’est pas absolument sans queue (on y fornique avec allégresse), il semble bien avoir définitivement perdu la tête. Tout peut arriver et, d’ailleurs, tout arrive, jusqu’à l’improbable parenthèse islandaise du titre que notre réparateur de machines à écrire ne refermera que pour reprendre sa quête au point exact où il s’était arrêté, c’est-à-dire au milieu du salon, où l’interprétation paranoïa-critique d’un chromo pendu depuis toujours au mur de son meublé le remettra sur la piste de sa dulcinée.
On pense un peu à Raymond Roussel ; bien plus aux tendres loufoqueries d’un Richard Brautigan, auquel l’apparente une certaine plasticité nonchalante du récit, une élasticité motivée par un esprit résolument jouette et soutenue par un sens toujours délicat de la métaphore (« Emily avait de petits tétons timides, qui me faisaient penser à deux chiens de prairie cherchant le reste de leur colonie »). Temps et réalité ne sont ici que pures contingences, relatives au seul bon plaisir d’un auteur dont la créativité relève bien moins de la froide logique que du mystérieux principe à l’œuvre dans les lampes à lave, desquelles ce drôle de roman drôle partage à la fois le côté fascinant et la douceur tamisée. Car, à sa manière, Islande reste avant tout un roman d’amour, un vrai, ce qui le préserve in fine de l’arbitraire toujours un peu lassant propre au pur nonsense et fait de cette première traduction en français de Jim Krusoe, né à Cleveland en 1942, l’une des rares bonnes nouvelles venues des États-Unis depuis un certain temps, déjà.

Yann Fastier

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Guillaume Mélère, Monts Métallifères, 239 pages, 20

Islande de Jim Krusoe Par Yann Fastier
Le Matricule des Anges n°262 , avril 2025.
LMDA papier n°262
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LMDA PDF n°262
4,50