Où se trouve la « scène primitive » de la représentation florale ? Probablement au pays de la déesse Flore, soit la Rome antique, par exemple parmi les fresques de la Villa di Livia. Mais surtout dans l’Italie de la Renaissance, entre Toscane et Venise, sur cette robe fleurie par Botticelli, dans son Printemps, dont un détail orne la couverture de l’essai de Marion Grébert : Pourquoi les fleurs. Pourtant notre essayiste ne s’interdit pas de voir vagabonder sa recherche jusqu’au Fayoum et Knossos, à Paris, Chartres, Vienne et Nazareth. Et même, étonnamment, Auschwitz… Si l’Antiquité, puis Florence et Arezzo sont florissantes, avec un privilège accordé au lys de l’Annonciation, dont il faut faire « l’interprétation symbolique », notre période contemporaine n’est pas en reste. Intitulant ses photographies en noir et blanc Formes originelles de l’art, Karl Blossfeldt joue avec les volutes des tiges et les efflorescences des pétales.
Images de beauté, de nature, de vertu, et hommages amoureux, les fleurs n’appartiennent pas qu’aux peintres. On les déniche dans les dessins de Léonard de Vinci, dans des « reliquaires d’accouchée », y compris, grâce à un heureux détour, dans l’herbier de la poétesse Emily Dickinson. « Chacune d’elles renferme une réflexion intérieure, une considération flottante oubliées par l’Histoire » : c’est pour rédimer cet oubli que le livre de Marion Grébert nous invite à la contemplation et à la pensée. Originale, l’entreprise écrit l’Histoire de l’Occident et de l’art, au moyen d’une joyeuse botanique, d’un volume soigné, fleuri d’illustrations souvent surprenantes, toujours colorées.
Thierry Guinhut
Pourquoi les fleurs. Un autre voyage en Italie, de Marion
Grébert
L’Atelier contemporain, 352 pages, 25 €
Arts et lettres Pourquoi les fleurs. Un autre voyage en Italie
mai 2025 | Le Matricule des Anges n°263
| par
Thierry Guinhut
Un livre
Par
Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°263
, mai 2025.

