La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
ZA Loup à Loup 83570 Cotignac
tel ‭04 94 80 99 64‬
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Poches Harlem, c’est coton

mai 2025 | Le Matricule des Anges n°263 | par Jérôme Delclos

Le septième opus du « Cycle de Harlem » de Chester Himes (1909-1984), une fable féroce et burlesque, mais aussi politique.

En matière de violence et de révolte, Chester Himes s’y connaît pour avoir purgé sept ans de travaux forcés en Ohio pour un vol de bijoux. C’est là qu’il lit Hammett, ébloui. Il avait 17 ans quand la porte du pénitencier s’est refermée, dira dans son autobiographie qu’il y est devenu adulte. Libéré, il écrit. Des romans engagés, qui traitent de la condition noire, de la prison, du racisme. Il rêve de Paris, parvient à se payer la traversée en 1953. Il y est traduit, obtient un succès d’estime. En 1956, Georges Duhamel lui propose un contrat juteux pour huit polars, chacun livrable tous les deux mois pour la Série Noire : avec ses deux flics coriaces Ed « Cercueil » Johnson et « Fossoyeur » Jones, ce « Cycle de Harlem » qui se partagera en fait entre Gallimard et Plon le fera connaître, et financièrement le sortira de la gêne.
Fossoyeur et Cercueil ont leur méthode à eux, que résume bien Francis Lacassin dans Mythologie du roman policier (10-18, 1974) : « D’abord, brutaliser tous ceux – témoins, voisins, victimes – affligés d’un lien même indirect ou lointain avec l’affaire. Ensuite, visiter tous les lieux, bars, bordels, églises – qu’ils fréquentent. Enfin, brutaliser tous les gens qui s’y trouvent à leur arrivée. À force de secouer, menacer, gifler, boxer, piétiner, des paroles s’échappent et mettent les deux enquêteurs sur une piste ». C’est qu’on est à Harlem : aucun flic blanc ne saurait démêler les arnaques archi-sophistiquées qu’y bricolent ses habitants avec les moyens du bord. Pour exemple du coton, d’où le titre original de Retour en Afrique, « Cotton Comes to Harlem » (1965).
Les arnaqueurs de Himes pourraient faire leur la formule « Plus c’est gros, plus ça passe ». Ici, c’est un « jeune prédicateur communiste-baptiste », le révérend Deke O’Malley, qui est à la manœuvre : vente de billets pour « le retour en Afrique » – 1 000 dollars par famille – lors d’un meeting avec grand pique-nique offert à la foule. Le meeting tourne à la catastrophe quand deux hommes blancs volent l’argent – 87 000 dollars – rafalent à tout-va et s’enfuient. La suite du roman oppose, pour la récupération de cette manne, le « Mouvement du retour dans le Sud » du colonel Calhoun, vieux sudiste qui ambitionne de rapatrier les Noirs sur la terre de leurs ancêtres esclaves, à celui messianico-véreux du révérend. Survient, incongrue mais riche en symboles, une balle de coton qui circulera de main en main, sorte d’objet transférentiel sur lequel se cristallisent toutes les convoitises, comme c’est souvent le cas chez Himes.
Le roman est riche en épisodes burlesques, foules anarchiques survoltées comme dans un dessin de Dubout, personnages truculents et petites combines farcesques comme celle consistant à découper au rasoir le dos de la robe d’une accorte « dame de charité » pour la délester du porte-monnaie qu’elle dissimule près de la partie la plus charnue de son anatomie. Un badaud passe par là : « – Hé, la p’tite dame ! C’était juste pour vous dire – vot’cul, il est à l’air ! Elle se retourna enfin, furibonde. – Occupe-toi de tes fesses, patate !  »
Himes tenait Retour en Afrique, inspiré d’une utopie de Marcus Garvey, pour son « roman révolutionnaire ». Ce septième opus du « Cycle de Harlem » qui en comprend 8 (ou plutôt 9 avec Plan B en 1983, inachevé) est sans doute le plus politique. Et d’abord le plus en sympathie avec les pauvres : « Les deux officiers ne voyaient dans les victimes ni des caves, ni des pigeons. Ils les comprenaient. C’étaient des gens en quête d’un foyer. Car Harlem est une cité de sans-foyer ». Truffée d’argot de truands façon Auguste Le Breton, la traduction de Pierre Sergent a mal vieilli. Cercueil et Fossoyeur mériteraient mieux.

Jérôme Delclos

Retour en Afrique, de Chester Himes
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Pierre Sergent, Folio policier, 336 pages, 9,50

Harlem, c’est coton Par Jérôme Delclos
Le Matricule des Anges n°263 , mai 2025.
LMDA papier n°263
7,30  / 8,30  (hors France)
LMDA PDF n°263
4,50